A Rétromobile, la jeune garde de l’auto ancienne

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12FÉV. 2020

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A Rétromobile, la jeune garde de l’auto ancienne

12 FéVRIER . 2020

Écrit par Antoine Minard

Rétromobile, la grande fête de l’automobile de collection, termine en beauté sa 45e édition. La fine fleur de l’automobile ancienne, collectionneurs et amateurs de tous horizons s’y sont réunis. On en a profité pour approcher cinq des plus jeunes marchands du milieu : ils sont dynamiques, passionnés, rêveurs, ambitieux et ont tous moins de 30 ans. Rencontre.

Propos recueillis par Antoine Minard

jeunes rétromobile

© Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Paul-Émile Coignet, 26 ans, expert en automobile de collection chez Aguttes
(
Neuilly-sur-Seine et Lyon)

Paul-Emile Coignet

Paul-Emile Coignet © Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Pourquoi vendre des autos de collection ?

Le virus m’a pris très tôt : dans la famille, il y a toujours eu des voitures de collection. Mon père roulait en coupé 220 SE de 1965. On a aussi eu une 911 Carrera 3.2 avec laquelle on a fait des rallyes de régularité. Permis en poche, on a fait des sorties père-fils, entre amis et aussi du circuit : souvent à Magny-Cours ou Nogaro. En 2004,  je suis allé au Mans Classic pour la première fois, c’était la 2ème édition. J’ai assisté à la vente aux enchères et je me suis dit « Voilà ce que je veux faire ».

Mon père a toujours été branché brocante, qui est un univers très lié. J’ai fait mes stages d’école dans les maisons de vente et l’objectif était d’y trouver un job, plus particulièrement au sein d’un département auto. Chez Aguttes, j’ai été pris en stage et j’y suis encore ! Gautier Rossignol venait de récupérer le département, je suis arrivé au bon endroit, au bon moment. À plus long terme l’idée serait de devenir marchand, de monter ma propre structure.

 

En quoi tu roules ?

J’aime les BMW. J’ai acheté ma première auto de collection en 2013 à Zurich après un été de travail, une Z3 Coupé 2.8. Quoi que… J’avais déjà une Audi 90 Quattro de première génération avec 250 000 bornes. Mais c’était l’enfer, elle démarrait le matin quand j’allais travailler mais jamais le soir, du coup je me garais en descente ! Je l’avais achetée pour m’amuser sur la neige, or j’étais étudiant, je n’avais pas d’argent pour acheter des pneus neige, donc elle n’en a jamais vu ! Récemment j’ai sauvé une 320/6 E21 qui dormait, je vais la remettre en route.

 

Quel est selon toi l’avenir du marché de la voiture ancienne ?

Pour moi, le marché est très générationnel, si tu veux surfer sur la vague il faut être précurseur. On achète toujours ce qui nous faisait rêver quand on était jeune et qu’on n’avait pas d’argent. Je suis jeune et j’achète des autos encore actuelles mais le marché de l’automobile de collection évolue vite, où en sera-t-on dans vingt ou trente autos ? Dans mon métier, je rencontre beaucoup de sexagénaires qui me demande « à votre avis qui sera intéressé par ma voiture dans quarante ans ? » C’est assez incertain, je continuerai à acheter mais quid des générations suivantes ?

 

 

Paul Boucher, 26 ans, fondateur de Straderial
(Paris)

Paul Boucher

Paul Boucher © Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Pourquoi vendre des autos de collection ?

À quatre ans, je regardais les 24 Heures du Mans. Deux ans plus tard, on a déménagé à Paris, rue Michel-Ange, devant une concession Ferrari et Rolls-Royce. Je sortais de l’école et j’allais au garage presque tous les soirs ! Jusqu’à mes treize ou quatorze ans j’y traînais souvent. Je me souviens des F40 alignées, de la première Lamborghini Murcielago parisienne, de deux Maserati MC12, j’avais posé l’autocollant sur le pare-brise.

Étudiant, j’ai tout de suite travaillé pour me payer ma première moto, une Harley Forty-eight. J’ai commencé à travailler chez My Mini Revolution, avenue de Versailles il y a cinq ans, je tenais le showroom. Rapidement j’ai lancé ma structure, Straderial. Le but est de proposer des voitures anciennes avec un caractère original. J’aime toutes les autos, de la voitures sans permis des années 1950 aux autos de rallyes en passant par les camionnettes des années 1960. J’essaie d’orienter Straderial vers les voitures de compétition et des autos plus atypiques, de m’adresser à une clientèle internationale et « cultivée ».

 

En quoi tu roules ?

J’ai une Giulia Spider 1600 de 1962 que je restaure, et une Simca 1000 Rallye 3 de 1978, son moteur vient d’être refait par un ancien de chez Simca, on termine la mise au point et le rodage. Tout a été reconstruit avec du stock d’époque et des pièces spécifiques, avec le savoir-faire d’alors. C’est vraiment ma voiture de coeur, ce que j’ai conduit de plus grisant, à son volant je me prends pour un apprenti pilote ! J’ai aussi une camionnette Alfa Romeo Romeo 2 de 1960, toute d’origine, avec son moteur bi-cylindre vertical, deux temps, diesel à injection Spica et compresseur, une petite voiture qui m’a fait rencontrer trois… 250 GTO, des propriétaires de TZ, Maserati Birdcage ou Jaguar Type D, à la recherche d’une petite camionnette pour faire l’assistance sur les paddocks.

 

Quel est selon toi l’avenir du marché de la voiture ancienne ?

Pour moi, il a un bel avenir. On vit une époque de mutation d’un point de vue politique : le diesel banni, la poussée rapide de l’électrique… Dans tout ça, la voiture ancienne va tirer son épingle du jeu. Les transports alternatifs sont légion et de plus en plus accessibles : trains, avions, locations. Les voitures modernes n’ont plus d’agrément de conduite et sont vites chères, l’ancienne te remet dans une ambiance particulière et le marché touche de plus en plus de monde. Sur le plan social il y a quelque chose d’énorme dans les voitures, on n’a qu’à voir l’ambiance ici à Rétromobile !

 

 

Louis Lagneau, 24 ans, responsable des ventes Mecanic Gallery
(Lyon)

 

Louis Lagneau

Louis Lagneau © Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Pourquoi vendre des autos de collection ?

J’ai grandi à Dijon-Prenois. À la fin des années 1990, mon père nous y amenait régulièrement, mes frères et moi. C’est là ou j’ai eu mes premières sensations, vu des voitures courir, senti les autos de compétition et appris à les connaître. Tout est arrivé là-bas, d’une certaine manière. En grandissant, je me suis aperçu que je ne pourrais pas en faire mon métier : j’avais trop peu de connexions dans le milieu.

Puis j’ai été à des événements, j’ai commencé à construire mon réseau, en grande partie d’ailleurs grâce à Instagram. J’ai été mis en relation, par hasard, avec Christian Odin. Il avait monté les bijouterie Cresus, revendues en 2017, et voulait s’adonner à sa deuxième passion, les autos anciennes. Christian a fait le Dakar dans les années 1980 et des Tour Auto, il est désormais responsable du trophée Lotus, doyen des trophées historiques français. Ça a toujours été un rêve de travailler là, ça a marché et me voilà, responsable des ventes de Mecanic Gallery !

 

En quoi tu roules ?

Mon daily driver est une Peugeot… de 2016. J’ai plusieurs idées derrière la tête pour une première classique. En prenant le côté fun de la chose, je partirai bien sur une Caterham, une 1700 de la fin des années 1980. Ou au contraire sur une ambiance coude à la portière, une MGB. Cela fait une dizaine d’années la cote n’a pas bougé et dans dix ans ce sera la même chose. C’est joli, il y a énormément de pièces et la mécanique est simple. En écoutant mon coeur je choisirais une Innocenti De Tomaso Turbo … Mais une auto, c’est quand même fait pour rouler.

 

Quel est selon toi l’avenir du marché de la voiture ancienne ?

Le marché actuel est dans une phase intéressante. La spéculation des dernières années semble être en grande partie derrière nous et c’est une bonne chose. On assiste à un phénomène global qui nous montre qu’il y a plus d’offres que de demandes. À nous, en tant que marchands, de proposer à nos clients, plus que jamais, une sélection extrêmement qualitative et de mettre davantage l’accent sur le travail en amont de la commercialisation. Tout ça pour garantir une offre qui corresponde à des critères d’exigence élevés. Vulgairement, on pourrait dire qu’il s’agit de faire le ménage entre les bonnes et les mauvaises autos, entre le grain et l’ivraie.

Il faut aussi prendre en compte des enjeux récents qui auront une répercussion directe sur le marché à plus ou moins long terme. On peut citer le Brexit ou encore le développement rapide de l’ère électrique (et tout ce qui vient avec) et qui place l’automobile de collection dans une dimension nouvelle. À suivre donc…

 

 

Thomas Berns, 27 ans, stagiaire chez Kidston Motor Cars
(Genève)

Thomas Berns

Thomas Berns © Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Pourquoi vendre des autos de collection ?

J’ai un background en finance, j’ai fait mes études et mes stages en Italie. Depuis une dizaine d’années je m’intéresse de près aux voitures anciennes. Je partage cette passion avec mon père et tous les ans je suis à Rétromobile, je me rends régulièrement aux ventes aux enchères. Évidemment nous connaissons Simon Kidston ! Il y a un un an, une vidéo sur Instagram indiquait qu’ils étaient à la recherche de quelqu’un, je me suis dit que le domaine me passionnait bien plus que la finance et qu’il fallait que je tente ma chance. Encore en Master, le timing n’était pas bon, Guido a été embauché. Emanuele m’a ensuite proposé ce stage, je suis à bonne école. Simon est un homme très demandé. Ici, tu vois le métier de l’intérieur : tout est basé sur les relations. Tu dois savoir approcher les clients, gagner leur confiance, pour qu’ils te disent « ok, je te donne ma DB4 GT Zagato, conduis-là à Rétromobile ». Il y a pas mal de marchands mais, sans vouloir être prétentieux, le monde des marchands haut de gamme est assez restreint. De l’extérieur on ne voit pas ce travail relationnel acharné : sans cesse tisser le réseau !

 

En quoi tu roules ?

J’ai la chance inouïe d’avoir un père qui me soutient, je possède une Lancia Delta HF Integrale Evolution 2, bleue. C’était la voiture de mes rêves, elle m’a été offerte il y a sept ans quand le marché était à des niveaux de prix bien plus abordables. J’ai aussi une Fiat Dino Coupé 2.4, je l’ai achetée plutôt comme un investissement mais je ne l’ai pas vendue et je ne veux pas la vendre. Je préfère utiliser mes autos régulièrement !

 

Quel est selon toi l’avenir du marché de la voiture ancienne ?

Personnellement, je suis passionné, dans dix ans quand j’aurai plus de moyens j’achèterai toujours des voitures. L’automobile ancienne est devenue cool, on la voit dans les publicités, de parfum, de mode… Mais pour des collectionneurs, jeunes, qui entrent dans ce milieu c’est cher à acheter comme à entretenir. Ça n’est plus comme il y a quarante ans, où des voitures exceptionnelles comme les Ferrari ou les Miura étaient bien plus abordables. Je reste toutefois positif, quand on voit des événements comme les Journées d’Automne, il y a un noyau dur de jeunes. Je suis un peu plus pessimiste sur les questions environnementales et législatives mais ma génération s’y intéresse encore, aussi parce que les voitures d’aujourd’hui ne transmettent plus grand chose, ce sont des ordinateurs, quand l’ancienne, elle, est vivante et passionnante.

 

 

Loïc Maschi, 23 ans, spécialiste département automobiles de collection chez Osenat
(Fontainebleau)

Loïc Maschi

Loïc Maschi © Antoine Minard pour Les Grands Ducs

Pourquoi vendre des autos de collection ?

Je cherchais à travailler dans un métier qui me permette à la fois de conjuguer la proximité des voitures avec un peu de technique, de mécanique mêlés à l’aspect historique et rédactionnel. Il n’y en a pas beaucoup, le journalisme ou la vente. L’avantage des ventes aux enchères, c’est qu’on apprend constamment. Chez Osenat, on couvre une plage qui va de 1880 à 2000. Il y a toujours une voiture que je ne connais pas ou peu, ça permet d’en ressortir enrichi. Je suis arrivé chez Osenat, comme beaucoup dans le milieu, par un stage, après des études en histoire de l’art, j’ai aussi organisé plusieurs rallyes d’anciennes. Du côté technique j’ai restauré ma propre voiture, afin de connaître un peu mieux les aboutissants d’une restauration et ses coûts.

 

En quoi tu roules ?

Je roule en Fiat 850 Sport Coupé de 1969 et je suis en train de restaurer la même en Abarth, une 1000 OT de 1965. Pour tous les jours, j’ai une voiture moderne, une Mercedes 190E de 1985. La Fiat, je l’ai depuis sept ans et je l’ai restaurée juste à temps pour le permis. Pour la petite histoire, la voiture a été finie à 6 h du matin le jour de Chantilly Arts & Élégance en 2015, elle était sur la pelouse à 9 h.

 

Quel est selon toi l’avenir du marché de la voiture ancienne ?

Aujourd’hui, c’est un peu flou. Je pense qu’il va y avoir pas mal de changements ! Il y a toute une génération qui est en train de partir, malheureusement. Les modèles qui les intéressent ne vont pas en intéresser d’autres. Mais je note quand même une relève, des jeunes comme moi, ils sont en nombre et s’intéressent aux autos, même les avant-guerre suscitent finalement un certain intérêt. Ils roulent avec sur circuit, font des rallyes ou en restaurent. Les années 1960-1970 plaisent aussi beaucoup. Sans oublier la fameuse période youngtimers nous séduit parce qu’on a usé de la banquette arrière !

Quant aux prix, je pense que c’est juste une question d’offre et de demande. S’il y a plus d’offres que de demandes les prix vont descendre et vice-versa, c’est le cours basique d’économie. Maintenant, les gens recherchent la voiture ancienne pour un dépaysement : le youngtimer permet de rouler au quotidien avec fiabilité et confort mais une autre allure, c’est rouler différemment. Les plus anciennes, c’est toute la nostalgie d’une autre époque.

A.M

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