Apéritifs virtuels, chronique des e-alcooliques anonymes

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29AVR. 2020

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Apéritifs virtuels, chronique des e-alcooliques anonymes

29 AVRIL . 2020

Écrit par Aymeric Mantoux

Dans le monde d’avant, il y avait les amis, la piscine de champagne, les étoiles sur le rooftop et l’apéro, le vrai. Aujourd’hui, beaucoup d’entre vous ont remplacé ça par … Zoom. A moins que ce ne soit Facetime, HouseParty et consorts… Mais pourquoi diable ? Vous n’êtes pas obligés de vous infliger ça. On vous explique.

Par Aymeric Mantoux

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A l’heure de l’apéritif, désormais, le virtuel règne… © Taylor Simpson

Mets le téléphone dans l’autre sens”, “mais arrête de bouger, j’ai le mal de mer, on va vomir”, “pourquoi t’es dans le noir ?”, “j’ai plus de batterie, c’est compliqué”, “toi qui fais du conseil high tech pour des boîtes du CAC !” (Rires) (Brouhaha) (Ecran noir). 

Depuis un mois, il faudrait être un ermite au Tibet (quoique quand on voit Mathieu Richard, les moines c’est plus ce que c’était, il est deux fois plus connecté que moi) pour ignorer zoom, la nouvelle appli d’apéros virtuels. Même mes parents, qui sont béotiens en matière de technologie, ont compris comment ça marche. C’est dire. Tout un chacun ou presque a donc pu expérimenter cet enfer de l’e-apéro distancié via écran d’ordinateur interposé.

Il y a ceux qui n’arrivent pas à se connecter, n’ont pas compris qu’il y avait un numéro de réunion et un mot de passe, ceux qui se connectent au mauvais moment, sans le son, sans l’image ou les deux. Ceux qui se disputent quand le voyant passe au vert… et font semblant de sourire. Il y a les enfants, ces charmants bambins qu’on est ravis de voir. 

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Gerrit van Honthorst, Joyeux violoniste, vers 1624 © Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

Après, ce sont les verres qui tombent, les écrans qui glissent, les mômes qui passent devant, puis repassent devant, puis interrompent. “On ne te voit plus” ! C’est surtout qu’on s’entend plus. Parce que dans chaque groupe, à moins qu’il y ait un shleu passé par les rangs de la wehrmacht ou un ancien chef scout qui fait du zèle en orchestrant les temps de parole, c’est le bordel. Et ce que vos voisins ont très bien compris quand il s’agit de réunions de travail (on parle l’un après l’autre), devient la chose la plus compliquée au monde, surtout après quelques verres. Alors on s’interrompt, on se coupe, et on crie de plus en plus fort.

Et ça ne s’arrange pas, avec le confinement qui se prolonge et ces apéros digitaux qui se multiplient. Il y a les ultra-mondains. “Ah non, pas le 18, on a déjà deux apéros.” Quand on est 5 ou 6, la prochaine date disponible pourrait bien être en mai ou juin, époque à laquelle on espère qu’on sera sorti de cet enfer numérique qui vous contraint à essayer d’échanger au mieux quelques banalités avec des gens perdus de vue depuis des années et qui, tout à coup, prennent de vos nouvelles parce qu’on leur a dit qu’il fallait être solidaires. 

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A quand le retour des apéritifs en chair et en os ? © Slim Aarons, Villa Vera

Si vous y tenez absolument, respectez au moins cette règle : Zoom est interdit avant que les enfants soient couchés, les vieux aussi, et qu’on se retrouve enfin seuls entre gens de bonne compagnie.

Tout cela, ce n’est rien à côté du taux d’alcoolémie qui augmente plus que le nombre de morts du coronavirus dans notre pays. La première semaine, on respectait vaguement des horaires de bureau. La deuxième, déjà un peu moins. “Tu nous sors une petite bouteille pour l’apéro ? – Mais il est 17h30 ?”. Et notre moitié confinée au groupe sanguin déjà A…lcoolique, de hausser les épaules et de tenter de se justifier. Le truc c’est surtout qu’on s’emmerde sévère et qu’on a soif. Il y a toujours ceux qui abusent des bonnes choses. “A chaque fois qu’on fait un apéro virtuel avec des copains, j’en sors ivre mort. Au dernier apéro, j’ai bu deux bouteilles l’air de rien. A la fin de la soirée, j’en ai compté quatre… pire qu’avant !” C’est le pompon. Une cuite réelle dans un monde devenu entièrement virtuel. 

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Jules-Alexandre Grün, La fin du souper © Musée des Beaux-Arts de Tourcoing

Heureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Comme les chansons poétiques de NTM. Après 40 minutes, Zoom se déconnecte -sauf si vous avez un abonnement pro. Au mieux, prétextez que vous avez perdu le code, qui, de toutes façons, a changé, comme dans le film, puisque c’est une autre e-réunion qui démarre. Comprenne qui pourra. Au pire, vous avez une énième rencontre avec les e-alcooliques anonymes qui, selon les statistiques de BFM TV, ont vu leurs rangs grossir de façon exponentielle (une courbe parallèle à celle de l’augmentation des températures selon le conseil scientifique d’Asnières sur Seine).

Si vous y tenez absolument, il faut respecter au moins cette règle : Zoom est interdit avant que les enfants soient couchés, les vieux aussi, et qu’on se retrouve enfin seuls entre gens de bonne compagnie. Aucun doute, si le gars qui a inventé zoom afin que des gens sérieux puissent échanger à l’autre bout de la terre et trouver des solutions pour sauver le monde (et éviter notamment, à Greta T. de se déplacer en avion d’un sommet à l’autre), avait imaginé toutes ces épaves avinées en train de hurler, il aurait fait la même appli mais… pour les sourds muets. 

Bientôt, tout cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Vous pourrez reprendre le chemin des terrasses avinées et saucissonneuses, des restaurants étoilés et ceux à nappe en toile cirée, des bistrots gouailleux, et des barbecues entre copains. A moins que…

A.M | A la une : Jacob Jordaens, La fête du Roi des Haricots, vers 1640-1645 © Kunsthistorisches Museum, Vienne

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