La manufacture horlogère Audemars Piguet célèbre ses 150 ans

Horlogerie

27JAN. 2026

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La manufacture horlogère Audemars Piguet célèbre ses 150 ans

27 JANVIER . 2026

Écrit par Alain Maurice

« Pour briser les règles, il faut d'abord les maîtriser »… Depuis un siècle et demi, la maison fondée par Jules Louis Audemars et son associé Edward Auguste Piguet honore la mesure du temps. Précurseur en Haute Horlogerie, elle perpétue un savoir-faire exclusif, celui des grandes complications.

Royal Oak Offshore © DR

Royal Oak Offshore © DR

Nous sommes au Brassus, dans les montagnes suisses, à six kilomètres de la frontière française, 40 de Lausanne. Un village perdu dans un creux, mondialement connu ! Il tient son nom d’un ruisseau qui n’excède pas un kilomètre, au cœur de la Vallée de Joux. On la surnomme la « Vallée aux complications » : chronographe, réserve de marche, tourbillon, quantième perpétuel (l’art horloger astronomique), phases de lune…. Une bande de terre à 1 000 mètres d’altitude où, dès le XVIIe siècle, des paysans, descendants de huguenots, fabriquent des pendules à la saison froide. Des fermes horlogères, aux grandes fenêtres tournées au nord pour une lumière sans ombre, parsèment les collines. Dans le XIXème siècle, des manufactures s’alignent entre les prairies et la voie ferrée, des noms éclosent : Jaeger-LeCoultre, Breguet, Blancpain, Vacheron Constantin … Audemars Piguet. Les grands de ce monde inspectent la Vallée en quête d’un garde-temps, gage de leur statut. 

 

Audemars, Piguet & Cie 

Au dernier étage de la maison familiale, Jules Louis Audemars installe en 1875 un petit atelier, réalise ses premières horloges, ses premières montres à gousset. Six ans plus tard, il s’allie à Edward Auguste Piguet. Jules Louis, génie de la complication, produit ; Edward Auguste, au carnet d’adresses bien rempli, vend. Le 6 décembre 1882, un poinçon de marque et une raison sociale sont déposés : « Audemars, Piguet & Cie, fabricants, Brassus. Mouvements et boîtes de montres de leur fabrication ». En 1907, un siège social est fixé. L’adresse est Route de France 16. C’est encore aujourd’hui le siège de la manufacture. Les deux familles sont toujours propriétaires de la marque, leurs garde-temps toujours plus raffinés, plus précis, plus compliqués, plus désirables.

 

La Royal Oak, l’inoxydable

La société s’est fait connaître lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889 avec ses montres à sonnerie. Des montres-bracelets à calendrier apparaissent en 1921, la première montre squelette en 1934. Un mouvement de 1,64 mm d’épaisseur voit le jour en 1946 ; un quantième perpétuel avec indication de l’année bissextile en 1955. Les garde-temps féminins sont ornés de diamants. Jusque dans les années 1960, l’horloger du Brassus ne produit que sur commande, à l’unité ou en séries extrêmement restreintes. Jusqu’en 1972, l’année de la Royal Oak, sans doute la montre la plus importante de l’histoire de la marque. Elle révolutionne les codes de l’horlogerie. Avec son boîtier octogonal intégré au bracelet et ses huit vis apparentes, la Royal Oak est la première montre sport chic de l’histoire.

© Royal Oak Offshore

© Royal Oak Offshore

Une montre de luxe en acier, du jamais-vu ! Fabriquée à plus de 1 000 exemplaires, vendue plus chère qu’une montre en or, elle va faire passer Audemars-Piguet de maison familiale à multinationale iconique. La manufacture compte aujourd’hui 2000 employés dans le monde entier… Elle est déclinée en chronographe, en version extra-plate, en version Offshore pour les passionnés de sports extrêmes. Elle s’habille d’or, de platine, de titane, de tantale, de céramique ; s’acoquine à des acteurs, des sportifs, des icônes pop. Pour ses 150 ans, une innovation baptisée « tout-à-la-couronne », permet de remettre à jour, après un arrêt prolongé, tous les quantièmes (heure, jour, mois, année bissextile, phases de lune) depuis la couronne de remontoir. Deux nouvelles Royal Oak sont révélées à l’occasion. L’une en acier, l’autre en sand gold, un alliage d’or, de cuivre et de palladium, décorée d’un cadran « Grande Tapisserie » bleu. Heureux propriétaires !

© Royal Oak Jumbo en version Offshore

© Royal Oak Jumbo en version Offshore

Des paysans horlogers aux montres de prestige 

La manufacture ouvre ses portes aux visiteurs, amateurs chevronnés comme nouveaux arrivants. Un musée-atelier, signé par le cabinet d’architecture BIG (pour Bjarke Ingels Group), adepte de la « durabilité hédoniste », rend hommage à l’artisanat, à la culture de l’horlogerie suisse autant qu’à la marque elle-même. À l’art. L’horloger est partenaire d’Art Basel depuis 2013, une fidélité qui a permis d’ancrer la marque dans le paysage de l’art contemporain. Enfoncé dans le sol, le MAAP est un écrin décloisonné, audacieux, en forme de double spirale. 121 panneaux de verre, aux courbures toutes différentes, sont la structure porteuse. Le toit en acier, recouvert de végétation, est bordé d’une résille en laiton, matière première essentielle de l’horlogerie. Le bois est issu du frêne local, le sol un terrazzo extrait d’une carrière voisine. Tout en transparence, l’ouvrage s’inscrit dans le grand pâturage, la forêt en arrière-plan. L’architecture est narrative. Des vitrines abritent des présentoirs en forme de rochers. On découvre des modèles … forcément rares. Le musée devient atelier. On revêt des blouses blanches. Dans le sens des aiguilles d’une montre, on observe le travail des maîtres du temps : gestes, procédés, savoir-faire ; Le décolletage, la découpe, le polissage, les premiers rouages, l’assemblage… Jusqu’à 650 composants mécaniques et six mois de travail pour un ensemble. Dans l’atelier grandes complications, des horlogers exécutent les mouvements les plus sophistiqués. Un atelier sort des sertissages d’exception et des gravures manuelles. On pratique les gestes élémentaires en Master Class. 

Musée Atelier Audemars Piguet
Route de France 18, 1348 Le Brassus

Musée Atelier Audemars Piguet © Iwan Baan

Musée Atelier Audemars Piguet © Iwan Baan

L’Hôtel des Horlogers, un écrin « swiss made » 

Audemars Piguet ne vend pas seulement l’heure. Taillé sur mesure par la manufacture, son Hôtel des Horlogers est un ovni architectural qui met en avant nature, design, belles tocantes… et grande cuisine. Le temps est suspendu.

L’adresse n’a pas été choisie au hasard. Depuis 1857, un Hôtel de France accueille au Brassus les horlogers sur la route qui les mène à Genève. AP achète le bâtiment en 2003, décide de le repenser totalement, le renomme Hôtel des Horlogers. On fait appel au cabinet d’architecture BIG, le même qui signa, à quelques foulées, le Musée-Atelier. L’hôtel de luxe suisse est un bâtiment qui essaie de ne pas en être un. Respect du paysage, discrétion des origines, quiet luxury ! Les façades étalent sobrement un bois de la Vallée, grisé par le temps. Des volumes, conçus comme des tiroirs d’établis (un ressort de montre ?), sont disposés en zigzag. Un travail d’horloger ! Seuls deux étages s’affichent côté route, alors que le bâtiment en compte cinq… Dans le lobby, des branches de bois flotté émergent du plafond. Des luminaires ressemblent à des géodes, des truffes, des cratères lunaires, au lac de Joux. Un immense comptoir reproduit un fossile d’ammonite, de longs fils s’inspirent du mycélium des champignons. Un sentier en pente douce (et en zigzag évidemment) évoque une randonnée dans les alpages. Il mène aux chambres, cinquante, en résonance elles aussi avec la nature. Cinquante baies vitrées font face à une prairie, à la forêt du Risoud, à la Dent de Vaulion, sommet emblématique de la Vallée. Aucune ne se superpose. Les murs sont revêtus de béton lissé, d’épicéa, de la topographie des lieux. Du motif guilloché emblématique de la marque depuis le lancement de la Royal Oak. 

© L'Hôtel des horlogers

© L’Hôtel des horlogers

Les Horlogers se mettent à Table

Un escalier bibliothèque (foison d’ouvrages sur les marques horlogères) conduit aux deux restaurants. Emmanuel Renaut, chef 3 étoiles au Flocons de Sel à Megève, nous reçoit, Royal Oak Jumbo au poignet. « Horlogerie et cuisine se rejoignent, confie-t-il. La précision fait partie de nos quotidiens ». Il signe la carte de La Table des Horlogers, exécutée par Alessandro Cannata. Huit convives (au maximum) sont invités. On nous conseille d’être pieds nus pour établir le contact avec un tapis de sous-bois. Des amuse-bouche pendent à des branches d’arbres. Emmanuel Renaut revendique une cuisine de terroir, « au bon sens du terme, au bon sens paysan ». Une lotte du Lac à la tunique marbrée, une longiligne féra, les racines d’une berce sauvage, le foin et le fumé pour leur goût de montagne, un pain au sapin ; les gratte-culs de l’églantier…

© La Table des horlogers

© La Table des horlogers

Dans le potager de l’hôtel, on cultive l’aspérule, la badiane, la sarriette, le topinambour servi en soupe ou en gâteau. En patois combier (nom des habitants de la région), le Gogant est un gigantesque sapin blanc servant d’abri aux humains et à la faune. La Brasserie éponyme est un régal pour les yeux : comptoirs de pierre, grandes baies vitrées pour admirer la Vallée, la brigade en cuisine. La carte est bistronomique. On a envie de tout, d’un velouté de courge et sa crème montée au lard fumé, d’un œuf croustillant sous une émulsion généreuse de champignons, d’un omble chevalier couscous de chou-fleur, noix, citron et cerfeuil. On ne résiste pas à une sphère chocolat et poire du Valais…

Hôtel des Horlogers
Route de France 8, 1348 Le Brassus

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