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Bonnes adresses pour un week-end à Montreux, l’âme du Léman
12 JANVIER . 2026
Direction le Sud ! Avant d’atteindre la mer, on s’arrête en Suisse, à Montreux. Montreux la coquette, Montreux l'opulente, Montreux la folie. Sa baie, ses vignobles, son charme désuet et son climat méditerranéen ensorcellent depuis plus d'un siècle le monde entier. Elisabeth d’Autriche, Vladimir Nabokov, Freddy Mercury… Une note bleue imprègne les montagnes, le lac, les palaces, celle de son Jazz Festival. On vous emmène sur les rives de la Montreux Riviera, une Suisse à l’intérieur de la Suisse.
Le dépaysement opère dès l’arrivée en train. À droite, le Léman. La légende veut que le géant Gargantua, souhaitant se baigner et trouvant le Rhône trop petit, creusât une cuvette qui devint le plus grand lac d’Europe occidentale. A gauche, des petits villages entourés de vignobles en terrasse. En arrière-plan, les Alpes vertigineuses. Montreux jouit d’une douceur qui préserve palmiers, figuiers et magnolias. Dès le début du XXe siècle, poussent des demeures cossues et des hôtels de luxe, de riches héritières viennent s’y prélasser. Sissi avait ses habitudes au Grand Hôtel Territet, aujourd’hui un immeuble d’habitation cossu. La vie s’écoule, paisible, alanguie. Jusqu’à ce qu’une tornade balaie la bourgade : le Montreux Jazz Festival.
De Sissi l’impératrice à Deep Purple
Claude Nobs, fils de boulanger, est un modeste employé de la ville, détaché aux événements culturels. En 1963, il repère un jeune groupe à Londres : les Beatles. La mairie refuse de les programmer. L’année suivante, il parvient à imposer les Rolling Stones pour leur premier concert à l’étranger. En 1967, Claude Nobs lance le Montreux Jazz Festival. La manifestation, programmée les deux premières semaines de juillet, s’ouvre aux musiques latines, au rock, devient l’offre musicale la plus mirobolante de la planète. Nobs a voulu renoncer au terme de « jazz », rien n’y fit, on continue à dire le Montreux Jazz Festival.

Le Montreux Jazz Festival © Marc Ducrest
De Miles Davis à Ella Fitzgerald, de Marvin Gaye à Nina Simone, de Stevie Wonder à Leonard Cohen, de David Bowie à Sting, d’Alice Cooper à Melody Gardot, Herbie Hancock, B. B. King, James Brown, Bob Dylan, Gilberto Gil, Charlie Mingus, Éric Clapton…, tous se sont succédé dans l’auditorium Stravinski (2M2C Montreux Music & Convention Center, 95 Grand’ Rue) ; sur la scène du Miles Davis Hall (3 avenue Claude Nobs). Andy Warhol, Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely signent les affiches. En 1971, lors d’un concert de Frank Zappa, le Casino flambe. Deep Purple en tire un tube planétaire : Smoke on the water. Le Funky Claude de la chanson, c’est Claude Nobs… Il décède le 10 janvier 2013, à l’âge de 76 ans, après une chute de ski dans les montagnes de son enfance. L’ex-employé de l’office du tourisme de Montreux aura fait de sa ville une Mecque musicale.
Fairmont Le Montreux Palace, luxe et Rock’n’roll
Nous sommes attendus au Fairmont Montreux Palace. C’est le plus grand (236 chambres et Suites) et le plus chic hôtel de la ville, avec sa façade Belle Époque, ses plafonds voûtés, ses escaliers monumentaux, son lustre d’1,5 tonne et ses stores jaunes. Les couloirs sont démesurément larges, conçus pour éviter le froissement des crinolines qui se croisent. Dans le hall d’entrée, le marbre, partout, donne le ton. L’imposante bâtisse, entre néobaroque et art nouveau, n’a pas bougé depuis son inauguration en 1906. Juste rénovée au fil du temps, désormais un spa de 2000 m2. On récupère notre clé, on passe devant des suites qui annoncent 3 numéros de chambres. Celle où Vladimir Nabokov, l’auteur de Lolita, élut domicile seize années durant. Celle qui attendait chaque été Quincy Jones. La 721 de Freddie Mercury, la suite où Michael Jackson s’installa en 1997, le temps d’enregistrer une chanson. Le palace est la base arrière du Festival !

Une chambre Signature Lake View © Fairmont Montreux
Une Signature lake view nous est réservée au 4ème étage, spacieuse, dans des teintes douces de blancs, beiges et gris clair. La décoration, sobre, sonne juste. La salle de bain est ce qu’on attend d’elle : douche généreuse, baignoire accueillante, double vasque, grand miroir, chauffage au sol. Un balcon nous projette sur le Léman, les montagnes du pays voisin. On rejoint au rez-de-chaussée le Montreux Jazz Café, une brasserie de palace emplie de souvenirs.

La salle du Montreux Jazz Café © Fairmont Montreux
On se laisse tenter par un coquelet mariné façon Quincy Jones, un B.B Burger en hommage au maître du vibrato, un redoutable Ella’s cheesecake. Par quelques vins helvètes au Funky Claude’s Bar : divans profonds, jeux vidéo et écrans géants sur fond d’Acid jazz. Le Kid de Minneapolis, Prince, venait y pianoter ; un kimono, cadeau de Freddy Mercury à Claude Nobs, est encadré. Le matin, on file à La Palmeraie pour le petit-déjeuner : multitude de pains, de mets salés, de céréales, de fruits… Réglé comme un coucou suisse.
Hôtel Fairmont Le Montreux Palace
236 clés, prix à partir de 434 euros la nuit
2, avenue Claude-Nobs, Montreux
Clinique La Prairie, l’hôtel wellness le plus exclusif au monde
La Clinique La Prairie est le secret le mieux gardé de Montreux. Elle tire son nom de son emplacement, à deux pas d’une prairie. Des « curistes » y séjournent pour tenter de lutter contre les effets de l’âge, retarder les dommages du temps. L’établissement date de 1931. Son fondateur, le professeur Paul Niehans, fut le pionnier de la thérapie cellulaire. Il injectait à ses patients des cellules fraîches prélevées sur des foies de moutons… Près d’un siècle plus tard, la composition de l’élixir a changé et les propositions de soins se sont largement étoffées. On parle désormais de stimulation du système immunitaire, d’optimisation de l’acuité cérébrale … de cellules souches. Mais aussi de check-up médical complet, de scan intestinal et épidermique, d’analyses sanguines et génétiques, opérés par une cinquantaine de médecins.

La Clinique La Prairie à Montreux © DR
Depuis que le pape Pie XII y fut remis d’aplomb en 1953, La Prairie s’impose dans l’agenda du gotha mondial. Les célébrités le fréquentent, souvent incognito. On murmure que Charlie Chaplin, Greta Garbo, Mikhaïl Gorbatchev, Romy Schneider étaient des habitués. Qu’on aurait croisé la silhouette de Marilyn, les lunettes noires d’Adjani et de nombreuses rockstars ! Impossible d’en savoir plus, la confidentialité est de mise, fantasmée. Johnny Hallyday révèle, lors d’une émission de Canal + en 2003, des séjours réguliers. L’adresse lui a été donnée par Zidane !

Une chambre de la Clinique La Prairie © DR
Des portraits ornent un couloir : Marlene Dietrich, Richard Burton, Carla Bruni, Pie XII … le Général de Gaulle ! La trentaine de chambres sont à la hauteur, palatiales, agrémentées de services du même jus. Un spa est griffé Swiss Perfection, le restaurant évidemment gastro … et diététique, concocté par un chef français. Bien sûr, cela a un prix. A partir de 31 800 CHF (35 000 euros) pour une semaine de « Régénération ». Les extras peuvent vite faire grimper la facture : prestations médicales et paramédicales, suppléments esthétiques, suite Royale, Impériale !
Clinique La Prairie
22 clés, prix à partir de 35 000 euros la semaine
142, rue du Lac, Clarens
Site officiel de l’établissement
Le Prisonnier de Lord Byron
Le soleil rayonne, le Léman est bleu, très bleu. Montreux se visite d’abord par une flânerie sur les rives fleuries du lac, au ras de l’eau. On s’assoit sur un banc, on regarde la crête des montagnes, un voilier… Des quais, on rejoint la vieille ville, accrochée à la montagne. Avec ses rues sinueuses et colorées, ça ressemble à l’Italie. On chine des souvenirs, on savoure des gourmandises locales. Pour apprécier le cadre, on embarque sur La Suisse, bateau amiral de la flotte Belle Époque de la Compagnie Générale de Navigation (Quai Edouard-Jaccoud). Datant de 1910, il a été restauré avec une précision dont seuls les Helvètes sont capables. A 10 minutes de Montreux, le château de Chillon a été édifié au XIIe siècle, sur un îlot rocheux, par les comtes de Savoie. Le Prisonnier de Chillon, l’une des œuvres les plus célèbres de Lord Byron, fera connaître le lieu à une gentry anglaise pour laquelle on bâtit villas et palaces. Après une visite de la forteresse gothique, on boit un verre sur la terrasse du Café Byron, en face du Château (23, avenue de Chillon).
Les vignes de Prince
A la gare de Montreux, un tortillard à crémaillère part à la conquête des alpages, entre mélèzes et érables, lupins et narcisses. Rien ne lui fait peur, ni les pentes abruptes, ni la neige ! Construite au début du XXe siècle, la ligne grimpe jusqu’aux rochers de Naye. On descend à Haut-de-Caux. Take me to the vineyards of Lavaux, chanta Prince, en l’honneur d’un vignoble d’à peine 900 ha qui surplombe le lac. Vieux villages resserrés autour de leurs caveaux, terrasses soutenues par des murs de pierre, panorama classé Paysage culturel par l’Unesco et grands crus sont au programme. Le chasselas est le cépage roi. Le Lavaux Vinorama (2, route du Lac, Puidoux) mérite qu’on s’y attarde. Creusé dans la roche, il expose près de 300 vins commentés par des sommeliers. Au domaine Ruchonnet (5, place du Collège, Rivaz), la famille éponyme exploite quatre hectares de vignes sur les appellations Rivaz, Saint-Saphorin, Dézaley et Blonay.

Les vignes de Lavaux © Maud Rion
Halte à la Maison Décotterd
Sur les hauteurs de Montreux, l’ancien hôtel Bellevue est un nid d’aigle. Construit au XIXème siècle, il accueille aujourd’hui une célèbre école de gestion hôtelière … et une table étoilée Michelin de la chaîne des Relais & Châteaux : la Maison Décotterd, du nom de son chef Stéphane Décotterd, natif de Bulle, en Gruyère. La salle du restaurant, classée au patrimoine historique, allie esprit Belle Époque et design contemporain.

La vue depuis la salle du restaurant © Maison Décotterd
Notre table nous en met plein la vue… sur le Léman et les Alpes. Les festivités débutent avec 3 bouchées apéritives : une rose de betteraves jaunes et truite du lac, marinée à la mélasse ; un filet de bœuf Limousin élevé à Avenches, en croûte de flouve odorante ; un blanc-manger à la pomme verte. L’entrée est aquatique : omble de Chamby mariné aux fleurs de capucines. S’ensuit un canard « dry aged » d’Appenzel au cynorrhodon et hibiscus, pressée de coings, pommes de terre confites et chou kale. L’odyssée culinaire prend fin par un nuage de chocolat « maracaïbo 65% » rafraîchi aux baies de timut. La cuisine, précise et goûteuse, est le reflet de la région. Les assiettes sont bien dressées, le savoir-faire pointu.
Maison Décotterd
Du mardi au samedi
111, route de Glion, Glion
I want to break free…
Montreux n’en finit pas de se souvenir de Freddie Mercury. Le groupe Queen est arrivé en Suisse en 1978 pour travailler au Mountain Studios. Après l’enregistrement de leur septième album (Jazz), ils décident d’acheter le lieu. Leurs albums suivants seront enregistrés face au Léman. Le Mountain Studios n’existe plus, il est devenu un petit musée à l’intérieur du Casino de Montreux (9, rue du Théâtre). On découvre des instruments, des tenues de scènes, des picture discs, des paroles manuscrites, une table de mixage… Sur les quais, à proximité du marché couvert, une statue en bronze très show off prend la pose de Freddy en ouverture du concert de Wembley en 1986.

La statue de Freddy Mercury © DR
Un Freddie Tours (2h30) a été mis en scène (et en son) par Peter Freestone, l’assistant personnel du chanteur de 1979 jusqu’à sa mort en 1991. Audioguide sur les oreilles, la virée commence dans les jardins du Montreux Palace où des sculptures sont consacrées aux musiciens qui ont marqué le Festival. On croise des bars et des restaurants, perdus ou oubliés, fréquentés par Queen. Des anecdotes, des photos d’archives, des tubes évidemment, rythment le tour. A certaines dates, un Freddy Evening VIP propose une soirée à Haut-de-Caux, au Picotin, le chalet de Claude Nobs (33, route des Monts, Caux). Au milieu de guitares de BB King et de Santana, d’un piano de Freddie Mercury et de trains miniatures, Peter Freestone, Terry (le chauffeur et garde du corps de la Star), Thierry Amsallem, l’ex-compagnon de Claude Nobs (désormais maître des lieux et gardien de la mémoire du festival), reçoivent leurs invités.
Duckingham Palace !
Il la surnommait Duck House, la « maison aux canards ». Ceux que collectionnait la propriétaire. Duckingham Palace ! Mercury la loua à plusieurs reprises, de plus en plus les dernières années de sa vie. Il adorait le lieu, à cinq mètres du bord de l’eau. Au 165, rue du Lac, près du port du Basset, la villa, construite au début des années 1970, est toujours à louer (via Interhome). 200 m2, quatre chambres, deux salles de bains, un grand séjour et 1 800 m2 de jardins en pente douce. Conçue en long, toutes les pièces font face au lac. Les meubles que le chanteur de Queen se faisait expédier des salles de ventes londoniennes sont encore là. A partir de 1226 euros la nuit.

La Duck House © DR
Chapeau melon et moustache timbre-poste
Autre célébrité locale, Charlie Chaplin. Dans la tourmente du maccartisme, l’acteur et cinéaste quitta Hollywood en 1952 pour trouver refuge, avec sa femme Oona et leurs huit enfants au manoir de Ban, propriété directoire cernée de verdure et surplombant Vevey. Il y passa les vingt-cinq dernières années de sa vie, avant de reposer dans le petit cimetière de Corsier-sur-Vevey.

Chaplin’s World © Bubble Incorporated
Impossible de passer à côté de l’étonnant Chaplin’s World, même si on a la sensation d’être parfois dans une attraction Disney. Son fantôme hante les lieux, il est partout, au moindre pas que l’on fait : statues de cire, costumes, accessoires, photos, extraits de films ; sa manière d’écrire et de jouer. Le manoir célèbre l’œuvre mais aussi l’homme qui se cachait derrière Charlot. Des photos de famille, des dîners reconstitués, des films de vacances le présentent en mari et en père.
Chaplin’s World
2, route de Fenil, Corsier-sur-Vevey
Une fourchette plantée dans le lac
Un petit tour par Vevey, ville de commerce et de débarcadères, s’impose. La promenade le long du lac, bordée de palmiers et de prestigieux hôtels, évoquent la Belle Époque. La vieille ville dévoile un dédale de ruelles étroites et de terrasses. Une statue de Charlie Chaplin trône face aux Trois-Couronnes (49 rue d’Italie), hôtel néoclassique avec colonnes et balustrades. On y vit les empereurs d’Allemagne et de Russie, l’Agha Khan, Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré… La notoriété de la ville est due à un certain Henri Nestlé, pharmacien visionnaire qui édifia au XIXe siècle une fabrique de farine lactée. Fondateur de la marque éponyme, il inventa (en 1866) le chocolat au lait !

L’Alimentarium © Adrien Barakat
Un musée est érigé à sa gloire, l’Alimentarium, repérable à une fourchette monumentale plantée dans le lac. Il est entièrement consacré à la nourriture. Pourquoi je mange, qu’est-ce que je mange, comment je mange ? Réponses au 25 quai Perdonnet. Ou, sur le même quai, au 22, chez Ma Cocotte. Ambiance brasserie rétro, tradition gourmande et plats servis dans des cocottes en fonte. L’endroit est décoré de tapisseries et de lustres rococo, les cocottes de blanquette de veau et de bœuf bourguignon. Ze Fork (2 rue du Léman) tient son nom de la fameuse fourchette. Jolie terrasse, produits de saison et un menu surprise en cinq plats, selon l’humeur du chef. On fait une halte chez David à L’instant chocolat (19 rue du Torrent) avant de rejoindre Montreux et le GoldenPass Belle Époque pour rallier la célèbre station de Gstaad, à une quarantaine de kilomètres. Il traverse le parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, passe le col de Saanenmöser… 2 heures et 21 arrêts. On dit que c’est l’Orient Express de la Suisse !

La Fourchette de l’Alimentarium © DR
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