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Sidi Bou Saïd, côté coulisses : bonnes adresses et art de vivre en bleu et blanc
24 FéVRIER . 2026
À une quinzaine de kilomètre au nord de Tunis, Paul Klee, André Gide et Colette étaient tombés amoureux de ce petit village blanc et bleu dominé par un phare, où les bourgeois et aristocrates de la capitale profitaient de l’air de la mer. Devenu incontournable de tout séjour en Tunisie, Sidi Bou Saïd nous livre ses bonnes adresses le temps d’un week-end parfumé de jasmin.

© AlaDin Habboubi
Sur une centaine de mètres, c’est un peu Disneyland. Boutiques de céramique, paniers, tableaux en tout genre, Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya al-Tamimi, érudit soufi du XIIIᵉ siècle qui a donné son nom au village, ne reconnaîtrait plus la colline où il avait établi son ermitage. Heureusement, un pas de côté permet rapidement de retrouver la sérénité, de scruter la Grande Bleue entre deux façades blanches, de tomber par hasard sur le phare qui domine les maisons et de prendre une respiration.
Durant votre voyage en Tunisie, vous serez tenté de vous arrêter à Sidi Bou Saïd proche de Tunis.
Découvrir Sidi Bou Saïd, c’est s’émerveiller devant ses bougainvilliers flamboyants, ses portes bleues cloutées et ses bouquets de jasmins, le machmoum, porté à l’oreille par les marchands ambulants. Y vivre, c’est découvrir juste à côté de chez soi une nouvelle ruelle que l’on n’avait pas encore empruntée, jouer avec un chat sur sa terrasse, observer depuis son café préféré un car de croisiéristes qui peine à négocier un virage trop étroit, et trouver ce village toujours aussi magnifique… Sidi Bou Saïd est une bulle en Tunisie, loin des problèmes de pouvoir d’achat, de démocratie et de galères du quotidien pour nombre d’habitants. Un lieu à part synonyme de richesse, où les grandes familles aristocrates se sont fait construire de magnifiques résidences au XIXe siècle, caressées par la brise marine et loin du brouhaha de la médina. Aujourd’hui c’est une carte postale, une image d’Épinal de la Tunisie utilisée à foison, qui reste malgré tout bien vivante, habitée, et chère au cœur des Tunisois qui s’y rendent en masse les week-end ou les soirs de Ramadan fréquenter les cafés. Après plusieurs mois sur place, on vous livre nos bonnes adresses pour visiter Sidi Bou Saïd.

© Pierre Gunther
Où dormir ? Dar Saïd
Perché sur les hauteurs du village, à quelques pas du mausolée de Sidi Bou Saïd, Dar Saïd est une ancienne demeure bourgeoise construite au milieu du XIXᵉ siècle, pensée à l’origine comme un lieu de repos, presque spirituel, dans un endroit considéré comme béni. Transformée au fil du temps, elle devient Dar Saïd avant d’être restaurée en profondeur à partir de 1976, sous la supervision de l’Institut national du Patrimoine. Aujourd’hui, l’architecture arabo-andalouse a été jalousement préservée : patios ouverts ou couverts ornés de stucs, fontaines murmurantes, zelliges tunisiens et italiens recouvrant les murs, fer forgé délicat, marbre ancien. Les 23 chambres et suites, toutes différentes, s’ouvrent sur les patios ou le jardin, certaines avec vue sur la Méditerranée, mêlant mobilier occidental du XIXᵉ siècle et ambiance orientale feutrée sans jamais tomber dans le pastiche. Dans le jardin où batifolent bougainvilliers, jasmin et citronniers, quelques tables et transats invitent à ralentir, tandis que la piscine offre un refuge précieux aux heures chaudes. Le discret hammam privatif prolonge cette bulle hors du temps. Depuis ses terrasses, la vue sur le golfe de Tunis est l’une des plus belles du village. Un luxe silencieux, à l’image de Dar Saïd suspendu entre ciel et mer.

© Dar Saïd
Dar Saïd
23 chambres et suites à partir de 180 € la nuit
Rue Toumi 2026 Sidi Bou Saïd
Que visiter à Sidi Bou Saïd ?
Palais du Baron d’Erlanger : impossible d’évoquer Sidi Bou Saïd sans parler du Baron d’Erlanger. Construit entre 1912 et 1922, son palais, Ennejma Ezzahra est une œuvre totale, perdue dans des jardins andalous sur un promontoire face à la mer. Dès le patio intérieur, les plafonds en cèdre sculpté donnent le ton. À l’intérieur, les objets centenaires racontent un monde confortable et délicat : services à thé, moucharabiehs, hammam, décors ottomans, tunisiens et andalous qui composent un patchwork de toutes les cultures orientales. Parmi les curiosités, une pipe à opium et plusieurs peintures réalisées par le baron lui-même, représentant Sidi Bou Saïd tel qu’il était au début du XXᵉ siècle. Le palais abrite également une collection d’instruments de musiques tunisiens, dont la version locale de la cornemuse appelée mezoued. Depuis la terrasse, la vue sur le village et la mer est à couper le souffle, tandis que les jardins offrent une quiétude rare, presque suspendue, même lorsque le village est très fréquenté.

© Ennejma Ezzahra
Concept Store Renaissance : faire du shopping à Sidi Bou Saïd peut vite virer au cliché. Le Concept Store Renaissance propose une alternative bienvenue. Installé dans une superbe maison ancienne du village, avec patio central et pièces organisées autour, le lieu vaut déjà la visite pour son architecture. À l’intérieur, on trouve des céramiques, des tissus, des produits cosmétiques et des livres de la maison d’édition tunisienne Elyzad. Une adresse idéale pour dénicher des idées de cadeaux et souvenirs choisies avec soin.
Dar Annabi : dans la rue principale, cette demeure traditionnelle construite au XVIIIᵉ siècle et toujours propriété de la famille Annabi, a été transformée en musée privé dans les années 1990. Ici, pas de folklore plaqué : grand patio où est encore servi le thé, les plafonds peints, les salons, les chambres et la cuisine racontent la vie d’une grande famille qui avait choisi la colline pour sa fraîcheur. Dans un bureau, des archives familiales côtoient de vieilles cassettes d’Oum Kalthoum ou de Warda, comme si la maison continuait de vivre. Au rez-de-chaussée, quelques mannequins mettent en scène la cérémonie du henné précédant le mariage. La visite se prolonge jusqu’aux toits, d’où la vue sur Tunis est superbe, particulièrement au coucher du soleil.

Dar annabi © Pierre Gunther
Les panoramas : à Sidi Bou Saïd, les plus beaux points de vue se découvrent souvent par hasard. Un escalier, un muret, un détour suffisent pour ouvrir le regard sur la Méditerranée. Le phare offre une perspective dégagée sur la mer, tandis que le cimetière musulman voisin, paisible et silencieux, invite à la contemplation. Ici, les tombes blanches font face à l’horizon, rappelant que le village est aussi un lieu de recueillement. Quelques pas plus loin, c’est de l’autre côté que porte le regard, vers la ville et ses banlieues immenses. Tunis compte 2,5 millions d’habitants, Sidi Bou Saïd environ 7000…

© Pierre Gunther
Où déjeuner ?
Chez Chargui : un café et restaurant en plein air, étonnement calme pour sa position au cœur du village. Une terrasse élevée au-dessus du reste des tables permet d’avoir la vue sur mer, et de déjeuner un délicieux couscous au poisson ou à l’agneau, des spaghettis aux fruits de mer, bricks au thon et autres spécialités tunisiennes. On peut aussi y venir pour un simple café ou un jus d’orange fraîchement pressé.
39 rue Habib-Thameur, Sidi Bou Saïd 2026
Au Bon Vieux Temps : l’institution. Ambiance feutrée le soir, vue imprenable sur la mer et le Cap Bon au déjeuner, l’escalier d’accès est décoré des photographies et signature des illustres qui ont fréquenté les lieux (du prince Albert de Monaco à Diam’s). Notre plat préféré ? Le calamar farci, incroyablement tendre, et la blanquette de lotte au pistil de safran. Belle sélection de vins.
56 Rue Hedi Zarrouk, Sidi Bou Said 2026

© Au Bon Vieux Temps
Café Bleue! : on aime ses grandes salades fraîches et on adore son smoothie aux dattes et aux cacahuètes. Bon à savoir ? On peut aussi y acheter des paquets de jolis paquets de thé pour faire des cadeaux, ainsi que de belles affiches contemporaines.
8 Rue Habib Thameur, Sidi Bou Saïd

© Café Bleue!
Chez Weld Moufida : quittons le centre du village touristique pour trouver ce boui-boui au fond d’une impasse. Trois tables seulement, un petit comptoir, et tous les plats tunisiens traditionnels à la carte (couscous, kamounia, ojja, kafteji) mais aussi des plats plus rares comme la madfouna aux blettes, les boulettes de veau aux haricots blancs… Le propriétaire (« le fils de Moufida ») aime papoter.
1-15 Imp. Bir Sidi Taieb, Site archéologique de Carthage
Fricassé et bambalouni : le bambalouni, c’est la star du village, et même de toute la Tunisie. Ce beignet circulaire à la pâte fermentée est saupoudré de sucre ou trempé dans le chocolat et a été popularisé par un meme sur Twitter. C’est pourtant la quatrième génération qui opère la petite échoppe de Sidi Bou dans la rue principale, et la queue est parfois longue les week-end à l’enseigne où avait été filmée la vidéo. Juste à côté, Madina Food Manaich prépare également des bambalouni, et de délicieux fricassés, petits pains frits farcis de thon, pomme de terre, olives et harissa. Vous voulez barcha ou chwaya piquant ?
L’Amphitrite : au bord de l’eau, on vient surtout ici pour la terrasse les pieds dans l’eau. L’été, les baigneurs font des allers-retours entre la mer et leur chaise entre chaque plat, et on passe tout l’après-midi la peau salée à savourer la fraicheur d’une Celtia, la bière locale.
Rue de l’Union, Carthage
Où boire un café, un verre ?
Hôtel Sidi Bou Saïd : perché entre Sidi Bou Saïd et La Marsa, l’hôtel Sidi Bou Saïd ne paie pas de mine. Il ferait un même un peu croulant, si ce n’était sa grande terrasse qui domine la ville et mène le regard sur l’immensité du tapis urbain qui s’étale de la médina à la Méditerranée. Les couchers de soleil sont fantastiques. La carte est limitée (bière, vin, quelques spiritueux), le service est agréable. Les soirs de week-end, il faut arriver tôt (avant 16 h) pour avoir une place.

© Hôtel Sidi Bou Saïd
Art Café : l’entrée est presque cachée dans un recoin, mais on entre ici dans un café traditionnel avec zelliges au mur, narguilé et musique traditionnelle. C’est le rooftop qui nous attire ici, pour sa vue exceptionnelle sur le trait de côte avec les quartiers de Carthage, du Kram et de La Goulette en enfilade, et la vue qui porte sur la baie jusqu’aux montagnes de Boukornine et le Cap Bon. Thé à la menthe, café au lait, citronnade et soda à la carte, pas d’alcool.
Port de Sidi Bou Saïd : en empruntant le chemin piéton qui descend vers la plage (celui qui part du rond-point de Sidi Bou, et pas celui dans le village, souvent recouvert par des éboulements), on arrive au port de Sidi Bou Saïd et à son gentil café-glacier. Rien ne casse les codes, mais une belle et vaste terrasse face aux bateaux et une ambiance estivale même en hiver.
Café Ben Rahim : sur le rond-point, on y déguste le meilleur café de Tunis, façon coffee shop contemporain, ouvert dès 6 heures du matin. Souvent à l’ombre, un avantage en été, un coup de froid en hiver.

© Ben Rahim
Se déplacer ?
Pour se rendre à Sidi Bou Saïd, le taxi est le moyen le plus simple. La course, même de nuit, ne coûte pas plus de 20 dinars depuis la médina ou l’aéroport. L’application InDrive est très utile. Par quitter Sidi Bou, ne pas prendre les taxi qui stationnent dans le bas du village qui refusent de mettre le compteur, mais descendre au rond-point et en prendre un à la volée.
Le TGM est un petit train qui relie La Marsa à La Goulette en passant par Sidi Bou Saïd. Le train part toutes les heures depuis La Marsa, passe par Sidi Bou quelques minutes plus tard et dessert Carthage, Le Kram et La Goulette (où l’on mange de délicieux poissons). Direction La Marsa, le train passe entre h40 et h55 chaque heure.