Gastronomie
Le gin à la française : diversité, terroirs et excellence
08 JANVIER . 2026
Le Gin est pour ainsi dire l’un des domaines dans lequel les distilleries françaises expérimentent le plus ces dernières années. Bénéficiant d’un superbe retour en grâce, les gins déferlent en vague chez les cavistes pour le plus grand bonheur des amateurs de cet exceptionnel spiritueux de tradition. Nous vous avons sélectionné des pépites issues de maisons qui travaillent dans un esprit artisanal. Il y a de la créativité vivifiante, ici synonyme d’un grand plaisir gustatif et d’une belle renaissance au service d’un spiritueux dont on se félicite d’apprécier la vitalité et la puissance aromatique !
Si l’on a longtemps considéré les propriétés médicinales des baies du genévrier, c’est pour leurs arômes si distinctifs que l’on en fait du Gin. On pense souvent que nos vieux ennemis de la perfide Albion en sont à l’origine et pourtant ce serait plutôt aux Pays-Bas qu’il se serait développé. Distillé à partir de vin avant de l’être à partir de céréales. On l’appelle alors Genever et on est très loin du Plymouth ou du Dry. Il n’empêche que les Britanniques en ont fait une religion, à en perdre la raison à tel point que l’on désigne par Gin Craze une période de dévotion populaire impie telle que le gouvernement a dû intervenir à plusieurs reprises pour calmer cet engouement excessif. Il existe aujourd’hui une seule aire géographique protégée en matière d’appellation et c’est le Plymouth Gin. Quant au London Dry Gin, il est défini par une méthode de fabrication et non par le lieu de distillation.

Le Gin Melifera Evasion © DR
Le gin est fait à partir d’un alcool de base dit neutre (distillation de céréales comme le blé, l’orge, le seigle, le maïs. Cela peut aussi être du raisin ou de la mélasse de betterave, de pomme de terre ou de canne à sucre) aromatisé avec des baies de genévrier et des aromatiques variables selon le distillateur. L’aromatisation de cet alcool neutre c’est ce qui fait la spécificité du Gin. Les baies de genièvre doivent être en majesté, bien sûr, mais le reste est au goût du créateur. Qu’il s’agisse de gins basiques (on mélange l’alcool neutre avec des éléments aromatiques) ou de gins distillés (soit on fait macérer les botaniques dans l’alcool de base et on procède à la distillation avec ou sans ces éléments, soit on infuse et c’est par le biais de la vapeur d’alcool qui passe à travers les botaniques que l’on obtient l’aromatisation).
Audemus, Anne-Sophie Pic II Beeswax Edition
Cette maison de spiritueux, fondée par Miko Abouaf et située à Cognac, propose un gin très frais, épicé et végétal, le Pink Pepper, aux notes distinctives de poivre rose, de genièvre bien sûr et de cardamome. Très parfumé, on ne se lasse pas du contraste parfaitement maîtrisé entre la puissance et le raffinement de ses fragrances. Mais notre vrai coup de cœur va à son gin conçu en collaboration avec Anne-Sophie Pic et sa sommelière Paz Levinson, qui fait honneur au nom de la maison (en latin Audemus signifie nous osons) en mettant en note de tête, de cœur et de fond la cire d’abeille. Bien sûr, le genièvre est là, ainsi que les bourgeons de cassis, le citron et le rooibos mentionnés dans la composition, mais c’est vraiment ce produit incroyable qu’est la cire d’abeille qui est sublimée et qui tapisse le palais. Un gin très singulier, mais dont les saveurs ne sont pas inabordables ou prétentieuses, mais au contraire enveloppantes et grisantes. C’est rond, très aromatique et sublime.
59,00 euros – 500 ml

Le Gin français Audemus Beeswax en collaboration avec Anne-Sophie Pic © DR
Avem , Hippolais
Avem a été fondé par deux frères, Cedrik et Axel Nadé, et ainsi nommé en hommage au métier de leur père ornithologue (Avem signifie oiseau en latin). Cedrik avait d’ailleurs déjà fondé en 2017 la maison Mounicq. Produit en France, leurs gins sont réalisés en collaboration avec Christophe Gauville (maître distillateur de la distillerie Des Moisans). Ces gins distillés marient l’univers du spiritueux et celui du vin en procédant à l’assemblage d’eaux-de-vie réalisées à partir de baies de genévrier d’une part et d’aromatiques d’autre part, mais aussi d’une troisième eau-de-vie issue de cépages de la région bordelaise (Merlot, Cabernet-Franc, Cabernet-Sauvignon et Sémillon). La référence ornithologique se poursuit avec le nom de notre favori chez Avem, l’Hippolais (c’est un petit oiseau).

Le Gin Avem Corvus © DR
Vif et raffiné, ce London Dry Gin (rien ne peut être ajouté après distillation pour cette appellation) ne manquera pas de vous séduire par sa finesse d’arômes fort élégante. Écorces de citron, poivre, coriandre, angélique et quinquina viennent parfaire la saveur du genièvre. Les botaniques sont ici absolument sublimées. Des saveurs florales, en fin de bouche, couronnent la dégustation. On aime aussi follement le Corvus, un excellent Navy Strength Gin qui titre à 57,2° pour une expression puissante de l’Hippolais dont la base est la même. Il s’y ajoute une proportion supérieure d’eau-de-vie de genièvre et un distillat d’orange amère qui amène une profondeur très agréable. On apprécie aussi les bouteilles qui sont sobres, fort distinguées et qui font de ces gins un beau cadeau pour un amateur du genre.
49 euros – 500 ml
La production est limitée et numérotée.
Awen Nature, Kanol Gin
On part en Bretagne avec la distillerie Awen Nature qui propose une belle gamme de spiritueux. Absinthes, Rhum, Vodkas et bien d’autres bontés à plus de 40°. En l’occurrence c’est leurs gins qui nous intéressent. La distillation au bain-marie de leur incroyable Navy Strenght Gin (appellation qui doit titrer à 57°, car il était bu sur les bateaux de la marine anglaise et en cas de contact accidentel avec la poudre à canon, il devait préserver le caractère explosif de cette dernière) compte des baies de genièvre, de l’écorce de cannelle, de la noix de muscade, de la racine d’angélique, des graines de coriandre, de la racine d’iris, de l’écorce d’orange et des clous de girofle. Biologique, dans une démarche soucieuse de l’environnement, le talentueux distillateur Julien Fanny propose là un gin aussi bon que vertueux.

Un Gin artisanal Awen Nature Kanol © DR
À noter que depuis peu, Julien et sa collaboratrice Anne-Laure on fait le choix de s’associer à Sea Sheperd France et reversent 10 % des ventes de ces bouteilles à l’association. C’est puissant, très aromatique, tout en pureté et en maîtrise. Un must. On adore aussi leur Old Tom au miel de forêt, nectar sublimé ici et qui apporte de la douceur, mais surtout une belle profondeur. Mention spéciale pour les amateurs de fumé à leur Smoky Gin qui ne trahit pas son nom : c’est très fumé et c’est ce qu’on aime. Rien de pire qu’une promesse mensongère dans ce domaine. C’est épicé, les botaniques sont fumées avant distillation et une macération de poivre sauvage de Madagascar, poivre de Kampot rouge et noir, poivre de Timut et LapSang Souchong complète la complexité aromale de ce gin. Ce n’est peut-être pas pour tout le monde, mais qu’est-ce que c’est bon…
57 euros – 700 ml
Distillerie du Petit grain, de sève et de fleurs
Patricia et Laurent Gaspard ont ouvert en 2008, à Saint-Jean de Minervois dans le Haut-Languedoc, leur distillerie du Petit Grain. C’est précis, raffiné, poétique même. Ce sont des gins qui racontent de belles histoires, tout aussi limpides qu’elles sont authentiques. À l’image des paysages qui les composent. Notre favori c’est une vision du printemps, composé en écho à la saison, fait de « sève et de fleurs » donc. Le genièvre est sublimé par ses compagnons que sont le cade, les fleurs de la région, notamment de thym, les pousses de fenouil, le pistachier térébinthe, la lavande sauvage et les cônes de pin. Un travail d’alchimiste botaniste. C’est vivifiant comme une brise fraîche d’avril, la palette aromatique est complexe, mais transmise. C’est beau. Vraiment beau. Le hit de la maison reste sans doute le gin aux agrumes cultivés par le chef étoilé Christophe Comes dans son jardin de deux hectares. Cédrats de Collioure, de Corse, Main de Bouddha, kumquat, yuzus ou citrons caviar composent un ballet où chacune de leurs notes est orchestrée sans choc. Une belle et raffinée osmose qui se voit éveillée par des poivres comme celui de Sichuan, de Timut ou de Voatsiperifery. C’est intense et pourtant bienveillant.
52 euros – 500 ml

Le Gin aux agrumes de la Distillerie du Petit Grain © DR
La Conspiration, gin de terroir pinot noir
Une très belle maison champenoise qui propose des Gins « de terroir » biologiques distillés dans une usine datant du XIXe siècle. L’approche est résolument artisanale. La distillation est faite à partir de raisins, plus précisément de cépages meunier, pinot noir et chardonnay. On a adoré la profondeur et la droiture des arômes développés par le maître de chai, Jérôme Lefèvre qui est par ailleurs vigneron. Quant au reste de l’équipe, cela restera un mystère bien caché. La production est très limitée, 900 bouteilles seulement. De très beaux gins de dégustation, dont on apprécie sans réserve la finesse et la justesse notamment celui de terroir- pinot noir qui nous reste bien en mémoire. Les arômes sont intenses et bien amenés avec beaucoup de rondeur et des notes, évidemment, de fruits rouges, de figue et de muscade. Une conspiration qui vise sans doute à remettre au cœur du sujet les gins français et nos merveilleux savoir-faire en matière de spiritueux comme de vins.
69 euros – 500 ml
900 bouteilles numérotées à la main

Le Gin de la distillerie française La Conspiration © DR
La distillerie du Renard, Lune Rousse
Cette distillerie d’Occitanie, proche de Montpellier, propose trois beaux « gins » forts de tempéraments ! La démarche de Simon Tardieu est axée sur l’artisanal et même plus le « nature ». En hommage aux « Moonshiners », producteurs clandestins de bonté durant la prohibition américaine, ses lunes, rose, rousse et bleue, ne vous laisseront certainement pas indifférent. Notre favorite ? La belle fauve, soit le « gin » Lune Rousse, sur une base de vin nature et biologique, doublement distillé pour obtenir une eau-de-vie à 70 % qui sera distillée une troisième fois avec les botaniques. Ici, genévrier bien sûr, poivre noir et rooibos. C’est rond, avec de la délicatesse et de belles aromatiques. En réalité, ce sont des « eaux-de-vie de vin façon gins ». Législation oblige, car il faudrait pour bénéficier de l’appellation utiliser un alcool surfin à 96 % ce à quoi Simon se refuse au regard de sa démarche et de ses standards (je vous laisse vous renseigner sur le sujet). Sa production met un point d’honneur à se distinguer totalement des produits industriels. Simon est d’ailleurs signataire de la charte des gnoles naturelles. L’alambic est en cuivre, les ingrédients sont locaux et biologiques, il n’y a ni sucre, ni additifs, ni édulcorants. L’alcool utilisé n’est pas industriel. La démarche et la pratique sont irréprochables et c’est plus que fort louable. Pour les plus hardis, la lune rose est intensément marquée par les piments Aji Charapita (locaux) et à l’hibiscus. Attention, ça « tabasse » !!!
49 euros – 500 ml

Le Gin de la distillerie du Renard © DR
Melifera, Gin Edizione Corsa
Pour finir, Melifera clôt notre petit tour d’horizon en toute beauté. On part en Charente sur l’île d’Oléron pour découvrir cette gamme de gins qui a pour spécificité l’usage de l’immortelle, une plante endémique de la région mariant ainsi une deuxième « vedette » aux baies de genièvre et valorisant ainsi le terroir de production. Ils sont biologiques et artisanaux, les plants d’immortelles plantés par la distillerie et le ramassage est fait à la main dans le jardin Melifera. Une part des bénéfices sont reversés pour la protection de l’abeille noire, typique de la région, au conservatoire qui la protège et qui veille à ce qu’elle ne disparaisse pas. Bien sûr, nous adorons l’édition mère, classique, celle avec l’immortelle d’Oléron, mais nous avons eu un coup de cœur pour l’édition Corse… terre où l’immortelle est pour ainsi dire sacrée. Les fleurs viennent de la Haute-Corse, plus précisément de Saint Florent et subliment ce gin qui est à l’image du pays qu’il valorise : intense, d’une puissance contenue dans une sagesse venue du fond des âges avec des saveurs de maquis comme on aime souvent à le dire. Le myrte, l’immortelle, les baies de genévrier s’harmonisent et rejoignent ce que l’on suppose des paysages insulaires de l’île de beauté et ses effluves de ciste, de thym et de romarin ainsi que d’autres botaniques parfaitement dosées comme la lavande ou bien sûr les agrumes. C’est frais, bien ancré et distingué. À noter, l’édition Évasion qui vient parfaire les beaux jours avec une pureté et des bouquets pleins de Méditerranée : fleur d’oranger, agrumes et verveine citronnée, abricot et mandarine, entre autres.

Le Gin Melifera Corse © DR
Fruité et solaire, c’est une dégustation aérienne, insouciante et délicieuse. Comme les références historiques ou culturelles font partie de l’identité de Melifera (la première édition rendait hommage à Aliénor D’Aquitaine, figure féminine exceptionnelle et admirable s’il en est, la seconde à Napoléon Bonaparte dont la renommée a dépassé toutes les frontières du monde) cette édition n’échappe pas à la règle et rend hommage au Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantes, héros du livre de Dumas qui bénéficie d’un exceptionnel retour en grâce ces derniers temps. N’oublions pas, encore une fois, son évasion de l’île d’If qui fait face à Marseille. L’insulaire boucle est bouclée.
49 euros – 700 ml
Un livre pour mieux comprendre le Gin ?
Les ouvrages de la collection C’est pas sorcier des éditions Marabout sont décidément forts bien faits pour expliquer les fondamentaux. C’est le cas de celui consacré au gin ! Grâce à une approche claire, illustrée et accessible, cet ouvrage permet de découvrir tous les aspects de ce spiritueux fascinant : ses origines, la diversité de ses arômes, les secrets de fabrication, mais aussi les meilleures associations pour réussir un gin tonic ou des cocktails originaux. Idéal pour approfondir sa culture du gin et s’initier à l’art de la mixologie !

Le Gin C’est Pas Sorcier, éd. Marabout © DR
Le Gin C’est Pas Sorcier
Mickael Guidot, illustrations de Yannis Varoutsikos.
Editions Marabout