Gastronomie
Les restaurants étoilés à Paris pour moins de 50 euros !
13 FéVRIER . 2026
Un repas étoilé sans se ruiner ? Une poignée de chefs parisiens se sont surpassés en proposant des menus déjeuner à moins de 50 euros. Tour de force et volonté affichée de conjuguer excellence et accessibilité, de faire découvrir la haute gastronomie à des personnes qui n’en ont pas forcément les moyens. Nous les avons testés.

© Tomy & Co
« La grande cuisine ne doit pas être réservée qu’à quelques Français … Tout le monde a le droit de bien manger ». Quand l’addition pour un repas parisien tourne autour de 30 euros, que les menus des établissements étoilés démarrent souvent à 110 euros pour une étoile, 180 euros pour deux étoiles, 300 euros pour un trois-étoiles, voire bien au-delà, moins de 50 euros, service irréprochable compris, peut surprendre, déconcerter. Un tarif anachronique, un exploit aussi quand la cuisine doit rester évidemment d’excellence. Pas question de proposer une expérience gastro au rabais, le statut du chef est dans la balance ! Les recettes de ces tables inédites : en semaine uniquement et juste au déjeuner ; des produits « simples », ni homard, ni truffe, ni caviar ; les menus changent au gré des arrivages, les plats se découvrent souvent une fois les assiettes posées sur les tables. La carte est courte, en trois temps maximum, les plats-signatures sont réservés au soir. A ce prix, seule une carafe d’eau vous accompagne ! Nos toqués avouent ne pas gagner d’argent avec ces festins, ne pas en perdre non plus. Ce serait un produit d’appel, à même de convaincre en douceur, qui peut donner envie de repasser en soirée…
Petit Étoilé au Anona des Batignolles
Sur le boulevard des Batignolles, entre Villiers et Rome, le chef Thibaut Spiwack, distingué d’une étoile Rouge par le guide (et d’une Verte pour son engagement durable), propose au déjeuner, du mardi au vendredi, un « Menu Petit Étoilé » à 49 €, condensé de savoir-faire, d’habileté et de produits sourcés au plus près du marché. Bienvenue aux locavores !

La salle du restaurant © Anona
Le cadre est décontracté, friendly, chic. La salle est pleine. Le chef est connu pour mener une cuisine essentiellement végétale, jolie, légère, sans exclure pour autant poissons et viandes, soigneusement sélectionnés. Une protéine animale est proposée à chaque repas. Annoncé sur Instagram, le Petit Étoilé change toutes les semaines. On commence par trois amuse-bouches inspirés de l’oignon (du potager). Suit une farce fine de seiche, voile aux herbes, condiment agrumes et pickles. On dévore un maki de poireau et pomme de terre servi chaud, flanqué d’une sauce parmentière.

© Anona
Un aimable dessert est imaginé autour d’une tatin de pomme, caramel, crème d’Isigny. Pour clore le spectacle, une tartelette au chocolat en guise de mignardise ! La maîtrise des goûts est évidente, le dressage élégant. Le pain et l’huile d’olive du Domaine du Jasson (face aux Iles d’Hyères) font mouche … comme la créativité du chef !
La semaine suivante, ce sera un pressé d’aile de raie au beurre de câpres ; un portobello (champignon) façon gravlax, shiitake et pleurotes sautés, sauce aux poivres ; un velouté de butternut, crème de noisette, pickles de légumes ; un risoni de la mer, un mont-blanc poire et châtaigne en dessert…
Anona
80 Bd des Batignolles, 75017 Paris
Site officiel de l’établissement
Théodore s’attable chez Qui plume la Lune
Le chef Jacky Ribault, quarante ans de pratique, bouscule, lui aussi, les codes. Qui plume la Lune (référence à un film éponyme), offre au déjeuner une formule alléchante et complète : entrée-plat-dessert pour 45 euros. Un record !
Théodore, c’est le nom du menu, se découvre au gré des arrivages, de l’humeur du chef et de l’inspiration ; une fois les assiettes posées sur les tables. Rien n’est laissé au hasard… et on mange vraiment, la promesse du restaurant.

© Qui Plume la Lune
Une serveuse dépose un pain doré, une noisette de beurre au yuzu, jaune pâle. On tartine. Trois amuse-bouche arrivent : une petite feuille de mertensia parcourue d’un gel de vinaigre de riz sakura aux notes florales ; un œuf cocotte à l’ail noir et aux champignons ; une tartelette au vieux parmesan et feuille d’huître. Trois bouchées et déjà on sent le travail de cuisine.
L’entrée est un risotto de riz vénéré au mascarpone, garni de noix de Saint-Jacques de Normandie, délicatement poêlées. Une écume au lait de coco et gingembre apporte de la douceur. Le plat principal est dans la continuité. Une volaille élevée dans les Landes, au blé et au maïs. La chair est ferme, la peau croustillante. Autour, une poêlée de girolles et de pleurotes, un jus réduit et une sauce poulette au bouillon de volaille et à la crème.

© Qui Plume la Lune
On conclut en douceur avec une mousse chocolat et menthe sauvage, crumble charbon de bambou et noisette, gel de cassis. Et un duo de mignardises : cookie tiède au chocolat, bonbon passion-framboise. Une citation de William Faulkner orne un mur : « Nous sommes entrés en courant dans le clair de lune et sommes allés vers la cuisine ».
Qui plume la lune
50 Rue Amelot, 75011 Paris
Site officiel de l’établissement
Le menu « parisien » de Tomy Gousset
La Seine traversée, on débarque, rue Surcouf, au Tomy & Co. La façade londonienne, l’escalier en fer forgé et les fenêtres façon bow-window, attisent la gourmandise. Passé le pas de la porte, matériaux bruts, art contemporain, grande banquette, BO hip-hop. La salle en L est lumineuse et spacieuse, l’atmosphère cosy, parisienne comme l’intitulé du déjeuner qui nous attend. Un menu en trois temps à 49 €. Plus facile à réserver que le soir où tout est vite booké. L’accueil et le service sont aux petits oignons. A qui l’aurait oublié, nous sommes dans un restaurant étoilé Michelin…

La salle du restaurant © Tomy & Co
La carte, renouvelée chaque semaine, est simple et généreuse, pimpante mais jamais racoleuse, aussi classique que moderne. Une cuisine d’auteur, entre bistrot et gastro, gouteuse, technique et graphique, servie par des produits dopés à la saison. La devise de la maison : « Simplicité et sophistication ». On commence par une daurade en gravlax. L’orangé de clémentines fraîches, tapies sous le poisson, tranche avec le brun de câpres et un leche de tigre. On enchaîne sur une échine de porc rôti aux herbes, pomme de terre croustillante et moutarde à l’ancienne. Une sauce aromatique corsée apporte relief et rondeur à la viande. Belle utilisation des herbes et des épices, peps dans l’assiette. Les associations sont inventives, d’un classicisme alléchant. Tomy Gousset sait s’occuper des gourmands ! Le repas se conclut par une joyeuse glace coriandre, yaourt et kiwi, augmentée d’une opaline croustillante, sur une assiette de céramique vert d’eau. Stéphanie Le Quellec (2* pour La Scène) parle d’« une cantine moderne pleine de gourmandise ».
Tomy & Co
22 Rue Surcouf, 75007 Paris
Site officiel de l’établissement
Ze Kitchen Galerie, la carte voyageuse du chef William Ledeuil
Dans le 6e arrondissement, rue des Grands Augustins, Ze Kitchen Galerie intrigue par son nom. Kitchen fait évidemment référence à la cuisine, galerie aux nombreuses galeries d’art du quartier, Ze nous emmène au chef William Ledeuil. C’est là qu’il donne libre cours, depuis 2001, à ses trois passions : la cuisine française apprise aux côtés de Guy Savoy, les saveurs aiguisées et délicates de l’Asie, les arts plastiques. Décor de loft arty, murs blancs piqués de toiles colorées, l’espace est dédié à la création, contemporaine forcément.

© Ze Kitchen Galerie
La cuisine vitrée tient dans un mouchoir de poche. Un personnel jeune s’affaire. La chorégraphie est millimétrée, sous le contrôle du chef, l’ambiance vibrante. Les plats jouent avec malice la fusion, la saison, les associations surprenantes, parfois hardies, sans jamais être déroutantes. Agneau de pré-salé curry jaune et safran ; cane Kriaxera (un canard originaire du Pays basque), condiment datte yuzu, lime à gros fruit rôtie. Une daurade est marinée au gingembre et au kalamansi. Touches ici et là de tosazu, de mizuna, de galanga, de citron pursha… Les sauces et les bouillons s’harmonisent sans jamais dénaturer « les beaux produits que l’on a en France, les viandes, les légumes, les produits de la mer, les appellations ».
Le plaisir est au rendez-vous, dans un melting-pot soucieux de convaincre. Ce midi, pour 49 €, ce sera un bouillon champignon, condiment truffé, vinaigrette foie gras ; un carré de veau, kimchi, soubressade, essence de champignon et ail noir. En dessert, une glace chocolat blanc-wasabi qui n’a pas quitté la carte depuis l’ouverture du restaurant, garnie de poire, vanille, litchi et meringue légère…
Ze Kitchen Galerie
4 Rue des Grands Augustins, 75006 Paris
Site officiel de l’établissement