Voyages
Un week-end arty à Montpellier
26 JUILLET . 2026
Pour fêter la saison des festivals d’été de Montpellier, on visite trois lieux d’art incontournables et un hôtel de collectionneur, pour un week-end sous le signe de la culture !

Evening Star © Kiki Smith
L’hôtel Richer de Belleval
Abrité derrière une façade XVIIᵉ siècle, Richer de Belleval est un établissement 5 étoiles posé au cœur de la vieille ville. Un temps le siège de la mairie de Montpellier, le palais a conservé son parquet ancien, ses boiseries et des bustes d’empereurs qui se mêlent à des commandes artistiques contemporaines. Dans le lobby, une fresque monumentale en céramique signée Jim Dine accueille les visiteurs, bientôt suivie de Prima Materia, un plafond voûté recouvert d’une fresque monumentale dessinée à l’encre de Chine qu’Abdelkader Benchamma a pensée comme un grand décor cosmique et alchimique. Plus loin, une œuvre de Marlène Mocquet fait face aux bustes romains, bousculant la hiérarchie des genres avec des figures fantasmagoriques et ses couleurs saturées.

Une suite de l’hôtel © Hôtel Richer de Belleval
Dans les quinze chambres et cinq suites de l’établissement estampillé Relais & Châteaux, la déco mêle matériaux nobles et confort discret pour préserver l’atmosphère d’une maison de collectionneur. On opte pour les chambres rustiques aux fresques apparentes, ou l’une des suites qui donne directement sur la place de la Canourgue joliment fleurie.

La chambre executive © Hôtel Richer de Belleval
L’art s’immisce jusque dans le restaurant de l’hôtel, installé sous les fresques historiques restaurées. Dans l’assiette du Jardin des Sens, la gastronomie des frères Jacques et Laurent Pourcel, récompensée d’une étoile au Guide Michelin depuis 2022, propose des plats frais de saison. À l’heure du dîner, la farandole de petits plats présentés comme autant de bijoux miniatures évoque une pièce de théâtre en plusieurs actes.
Hôtel Richer de Belleval
Place de la Canourgue, 34000 Montpellier
20 chambres, prix à partir de 305 euros
Pierre Paulin au Musée Fabre
Le musée Fabre consacre cet été une grande rétrospective à Pierre Paulin (1927–2009), figure majeure du design français du XXᵉ siècle. À l’approche du centenaire de sa naissance, l’exposition propose une centaine de pièces emblématiques, des fauteuils iconiques comme le Ribbon Chair de 1964, aux prototypes plus rares comme la CM131, l’une de ses premières chaises, réalisée en contreplaqué de hêtre et tube d’acier, et éditée en 1953 par Thonet.
Organisée de manière chronologique et thématique, l’exposition retrace cinq décennies de travail pour capter « l’esprit Paulin ». On y découvre le décorateur des années 1950, la figure internationale éditée par Artifort, le designer de l’Élysée sous Georges Pompidou et le pionnier expérimental des années 1970‑1980.

Vue du salon de Pierre Paulin © Musée Fabre
L’évolution du mobilier est aussi abordée dans le contexte économique, technologique et culturel de l’après‑guerre, qui file des Trente Glorieuses aux utopies pop, jusqu’aux crises des années 1970. On y retrouve ces formes arrondies et enveloppantes, qui semblent flotter dans l’espace tout en épousant le corps, ainsi que des recherches sur les matériaux (mousses, coques moulées, tissus extensibles) qui ont révolutionné l’assise.

Salon des tableaux © Pierre Berdoy, Musée Fabre
On profite de la visite pour se promener dans les étages et admirer l’accrochage récent d’une œuvre du peintre néoclassique Jacques-Louis David. Dans les niveaux supérieurs des collections permanentes, ne ratez pas les sublimes salles dédiées à Pierre Soulages, le maître de l’outrenoir.
Musée Fabre
« Le design selon Pierre Paulin (1927–2009) »
Jusqu’au 1er novembre 2026
39 boulevard Bonne Nouvelle, 34000 Montpellier
Site officiel de l’établissement
Kiki Smith au MO.CO.
L’exposition monographique que le MO.CO. consacre à l’artiste multimédia Kiki Smith propose un panorama de plus de quarante années de création, réunissant plus d’une centaine d’œuvres. De nombreux objets comme des sculptures, des gravures, des dessins, des photographies, des livres, ou encore des tapisseries composent un parcours où le corps, omniprésent, est envisagé tour à tour comme physique, spirituel, animal ou céleste. Kiki Smith explore les liens entre ces différentes identités dans un langage visuel qui mélange une douceur apparente et une inquiétante étrangeté, souvent à travers des figures hybrides ou des silhouettes fragmentées.

How I Know I’m Here, 1985 – 2000 © Kiki Smith
Pensée en étroite collaboration avec l’artiste, l’exposition aborde les questions féministes, écologiques et spirituelles, sans se réduire à un discours illustratif. Les œuvres interrogent aussi notre rapport à la nature à travers un langage décalé, et un choix varié de médiums. On apprécie particulièrement la poésie qui semble lier les œuvres entre elles, comme cette tapisserie jacquard Earth, de 2012, éditée par Magnolia Éditions qui montre une figure féminine originelle entourée d’un serpent, ou encore la petite porcelaine Woman with Bear de 2003.
À une dizaine de minutes à pied de là, près du Musée Fabre, le site MO.CO Panacée propose une exposition qui explore la monstruosité et les formes mutantes dans l’art contemporain, des années 1970 à nos jours. Du repoussant à l’étrange, « À fleur de peau » casse les codes établis pour révéler que le monstrueux est parfois plus proche de nous qu’on ne l’imagine.
MO.CO.
« Être ici | Maintenant | Partout, Kiki Smith »
Jusqu’au 11 octobre 2026
13 Rue de la République, 34 000 Montpellier
Site officiel de l’établissement
Le musée d’Art Brut
Au cœur du quartier des Beaux-Arts, le Musée d’Art brut, singulier & autres, offre une plongée rare dans les formes les plus indisciplinées de la création. Installé dans un espace de plus de 800 m² prolongé par un jardin méditerranéen, ce musée privé présente une collection d’environ 750 œuvres signées par plus de 250 créateurs venus du monde entier. Les sculptures, peintures, dessins et autres objets témoignent des mondes intérieurs d’artistes autodidactes, dont la plupart créent depuis des hôpitaux psychiatriques. Loin de « l’art-thérapie » qui offre des voies de communication alternatives, l’Art brut révélée au grand public par Jean Dubuffet en 1945 se définit comme une impulsion créatrice autonome, portée par des esprits marginaux ou neuro-divergents. L’Outsider Art étale des univers personnels qui oscillent entre poésie, obsession pure et liberté totale, aux côtés d’œuvres dites d’« art singulier », où les artistes autodidactes portent une démarche artistique plus classique. Aloïse Corbaz, Augustin Lesage, Adolf Wölfli, de grandes figures du genre, côtoient ici des âmes plus solitaires comme Jephan de Villiers.
Le parcours est également nourri par la collection de Fernand Michel, surnommé « l’artiste-zingueur », dont on peut voir les œuvres après le petit jardin méditerranéen, et qui a donné à ce musée son ancrage dans un ancien atelier familial.

Musée d’Art Brut, Paul Amar © Montpellier Tourisme
En ce moment, les salles dédiées aux expositions temporaires accueillent le travail de Paul Amar, et se peuple de créatures sous-marines pailletées. Cet ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale, qui quitte sa patrie natale en 1962 lors de la guerre d’Algérie, découvre sur le tard une passion pour l’assemblage de coquillages. Depuis son appartement HLM, Paul Amar meule et cisèle ses trouvailles avant de les recouvrir de peinture acrylique et de vernis à ongles. Ces bas-reliefs au kitsch assumé s’illuminent même de l’intérieur grâce à des ampoules dissimulées dans des coquilles d’oursins !
Musée d’Art Brut
1, rue Beau-Séjour, 34090 Montpellier
Site officiel de l’établissement