Art
Trois expositions immanquables dans la campagne anglaise
02 JUILLET . 2026
Des domaines royaux dans le Norfolk aux contrées du Yorkshire, la campagne anglaise propose des expositions dans de sublimes parcs de sculptures qui donnent envie de se mettre au vert !

Allan Houser Watercarrier © India Hobson courtesy YSP
Après avoir arpenté les expositions de Londres, rendez-vous dans la campagne anglaise pour de nouvelles découvertes artistiques.
Hold to This Earth, Yorkshire Sculpture Park
Au milieu de 200 hectares peuplés d’arbres et de moutons, Yorkshire Sculpture Park (YSP) n’est pas seulement un musée de sculptures en plein air. C’est un paysage habité, modelé au fil du temps. Entre les collines et les lacs, les silhouettes monumentales signées Henry Moore côtoient les bronzes d’Elizabeth Frink, Barbara Hepworth, Antony Gormley ou encore Damien Hirst. Entièrement tournée vers le ciel, le Skyspace de James Turrell offre également de nouvelles perspectives.
Dans la chapelle reconvertie du parc, des installations contemporaines prolongent le dialogue entre art et architecture. Jusqu’au 27 septembre, Nicola Turner propose sa puissante Time’s Scythe, une installation monumentale de laine et de crins de cheval qui évoque les traditions locales. Scythe, la faux en anglais, évoque autant l’industrie locale basée sur l’agriculture et l’élevage, que les difficultés rencontrées par cette région rurale et isolée d’Angleterre.

Hold To This Earth © India Hobson courtesy YSP
En ce moment, YSP met aussi en scène l’exposition Hold to This Earth: Works by Contemporary Indigenous North American Artists from Tia Collection. Le paysage anglais se met à l’écoute des voix autochtones d’Amérique du Nord, à travers une collection forte de 5 000 œuvres, basée à Santa Fe. Dans l’Underground Gallery, la première exposition collective de l’histoire du site dévoile 67 œuvres de 38 artistes issus de plus de 35 nations autochtones. Bien que disparates dans leur origine, les œuvres ont pour fil rouge l’idée de mémoire, de récit de la terre et d’engagement politique pour la protection des populations autochtones. À travers des tapisseries monumentales, des céramiques, des photographies ou encore des peaux animales, les objets deviennent porteurs d’histoires et de résistance. On aime particulièrement le travail de Nicholas Galanin, qui détourne les codes muséaux pour interroger l’appropriation culturelle et la dépossession des terres. Chez Wendy Red Star, les portraits, les costumes et les motifs graphiques dénoncent les représentations des peuples autochtones avec humour pour confronter le spectateur à l’omniprésence d’une histoire sans cesse manipulée et romancée.
Yorkshire Sculpture Park
Wakefield WF4 4LG, Royaume‑Uni
Hold to This Earth: Works by Contemporary Indigenous North American Artists from Tia Collection
Jusqu’au 18 avril 2027
Es Devlin, Castle Howard
Dans le décor grandiose du parc paysager des Howardian Hills, Castle Howard s’impose comme une des plus célèbres country houses de Grande-Bretagne. Construit à partir de 1699 pour le comte Charles Howard par Sir John Vanbrugh et Nicholas Hawksmoor, le majestueux domaine accueille des œuvres temporaires qui dialoguent avec trois siècles d’histoire. En ce moment, l’artiste et designer Es Devlin investit le Temple of the Four Winds, une structure érigée au XVIIIe siècle à l’extrémité du jardin en terrasse. Intitulée Library of the Four Winds, l’installation est pensée comme un espace vivant et partagé avec ses 250 livres posés sur une structure rotative. Issus de la bibliothèque personnelle de l’artiste, les ouvrages sont annotés et activés par une bande sonore interprétée par Devlin. Tournés vers l’intérieur de la bibliothèque, les titres des livres ne sont plus lisibles. Ils se révèlent à travers des citations soulignées par l’artiste lors de ses lectures, et projetées ici directement sur l’œuvre. À l’extérieur, quatre tables concentriques invitent les visiteurs à s’asseoir, à lire, à dessiner ou à converser, prolongeant l’idée de communauté éphémère que l’on retrouve régulièrement dans le travail d’Es Devlin. Créée pour célébrer le tricentenaire de Sir John Vanbrugh, l’œuvre de Devlin s’inscrit aussi dans un hommage à sa créativité.

Library of the Four Winds’ at the Temple of the Four Winds at Castle Howard in North Yorkshire © Rick Walker/PA Media Assignments
Castle Howard propose aussi une série de folies architecturales dans son parc paysager. Installée au centre de l’esplanade, La Fontaine de l’Atlas, située près de la façade principale, est l’une des pièces majeures, avec sa figure monumentale portant la sphère céleste. Plus loin, le Mausoleum impose sa masse néoclassique au cœur du parc boisé… Un obélisque et la Pyramid, une structure funéraire du XVIIIe siècle érigée dans le parc, évoquent pour leur part le goût pour l’antiquité et les formes symboliques.

Library of the Four Winds’ at the Temple of the Four Winds at Castle Howard in North Yorkshire © Rick Walker/PA Media Assignments
On profite de la visite pour parcourir l’intérieur du château imaginé par Vanbrugh, qui a façonné ce joyau du baroque anglais. Les lits à baldaquins et les nombreuses salles en enfilade chargées de précieux mobilier rappellent le faste d’une époque révolue. Pour les fans de séries, c’est aussi ici qu’a été tournée la série à succès Bridgerton, diffusée sur Netflix !
Es Devlin, Library of the Four Winds
Jusqu’au 27 septembre 2026
Castle Howard, York YO60 7DA, Royaume-Uni
Site officiel
Lynn Chadwick, Houghton Hall
Dans le Norfolk, Houghton Hall est la demeure de Sir Robert Walpole, le tout premier Premier Ministre du pays, dont la résidence palladienne sert aujourd’hui d’écrin à de nombreuses œuvres contemporaines.

© Ace of Diamonds
Les propriétaires royaux qui y vivent encore poursuivent la tradition d’expositions en plein air, en consacrant cette saison à Lynn Chadwick, une figure majeure de la sculpture britannique d’après‑guerre. Dans le vaste parc dessiné au XVIIIᵉ siècle, les silhouettes anguleuses des sculptures monumentales semblent surgir de la pelouse, comme venues d’un autre monde. Les célèbres Beasts et les figures aux corps géométriques posées sur de longues jambes effilées dialoguent avec les perspectives du jardin et la façade symétrique de la demeure. Réparties entre les pelouses, les bosquets, et les clairières, les sculptures de Chadwick prennent une dimension quasi théâtrale. Certaines figures, tournées vers la maison, semblent monter la garde, tandis que d’autres se découpent sur le ciel changeant du Norfolk. De près, la surface des œuvres marquée par les traces de soudure et les facettes rappelle la main du sculpteur.

Cloaked Figure IX © Ace of Diamonds
À l’intérieur des anciennes écuries et dans quelques salles de la maison, des maquettes, des dessins et des petites sculptures complètent le parcours. Ils éclairent la manière dont Chadwick passe des structures filaires presque architecturales à des volumes habités, souvent doublés de couples ou de familles figées dans un équilibre précaire.
Sur le reste du domaine, le regard continue d’être happé par d’autres présences sculpturales qui se confrontent à la nature. Un Skyspace de James Turrell creuse un cadrage de ciel au cœur du parc, tandis qu’un alignement de pierre en forme de cercle de Richard Long évoque de longues marches solitaires. Plus loin, l’œuvre de Rachel Whiteread suggère l’absence, et celle d’Antony Gormley interroge notre rapport à l’espace. Avec More really shiny things that don’t mean anything, Ryan Gander se moque du monde de l’art, tout en jouant avec ses codes.
Houghton Hall & Gardens
King’s Lynn, PE31 6UE, Royaume‑Uni
Jusqu’au 4 octobre 2026
Site officiel