Tunis authentique et hors des sentiers battus

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09SEPT. 2026

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Tunis authentique et hors des sentiers battus

09 SEPTEMBRE . 2026

Écrit par Pierre Gunther

Médina millénaire classée à l’Unesco, capitale marquée par les présences passées française et italienne, centres d’art contemporain et rooftops où boire des cocktails au sommet d’un immeuble brutaliste, Tunis est une ville aux mille visages, à vivre, plus qu’à visiter.

Le soleil couchant sur la terrasse de l'hôtel Sidi Bou Said à Tunis © Pierre Gunther

Le soleil couchant sur la terrasse de l’hôtel Sidi Bou Said à Tunis © Pierre Gunther

Le soleil se couche sur la Méditerranée, depuis la terrasse de l’hôtel Sidi Bou Saïd, un lieu pas clinquant pour un sou mais qui plonge immédiatement dans le vrai Tunis. Une Celtia à la main, la bière locale, on admire le ciel qui s’embrase et l’on se demande que faire à Tunis, quelles sont les bonnes adresses ? On aurait aussi pu contempler le soleil qui s’abîme sur l’agglomération de 3 millions d’habitants depuis Dar El Annabi, une belle demeure bourgeoise du XVIIIe siècle dans la rue principale de Sidi Bou Saïd. La visite immerge le voyageur dans des patios recouverts de zelliges tunisiens et italiens, dans la vieille bibliothèque familiale de la famille Annabi, et sur les toits terrasses qui s’accrochent à la colline et projettent le regard jusqu’au phare de Sidi Bou, guide des navires depuis l’Antiquité.  

Dans les rues de Sidi Bou Saïd à Tunis © Pierre Gunther

Dans les rues de Sidi Bou Saïd à Tunis © Pierre Gunther

Sidi Bou Saïd (et ses bonnes adresses), la tête de gondole de Tunis et de toute la Tunisie, avec ses maisons blanches aux volets bleus, ses moucharabiehs et ses grilles ouvragées qui font le bonheur des touristes et des Tunisiens qui viennent les week-ends en goguette, boire un thé aux pignons sur le rooftop du Art Café, un jus d’orange et un couscous au poisson Chez Chargui, et bien sûr goûter au bambalouni, ce beignet en forme d’anneau saupoudré de sucre, à la pâte légèrement salée. Auguste Macke, Colette et Paul Klee avaient aussi été charmés. Les plus courageux descendent par le chemin piéton jusqu’au port pour un café en regardant les chats jouer sur les bateaux amarrés, les mieux renseignés iront dîner chez Weld Moufida — un ragoût de calamars farcis et fonds d’artichauts, une madfouna, une kamounia de poulpe. Si vous êtes sympas, on vous fera tester le plat du jour du lendemain midi.

Le palais du baron d'Erlanger à Tunis © Pierre Gunther

Le palais du baron d’Erlanger à Tunis © Pierre Gunther

Les plus curieux enfin se rendront au Palais du Baron d’Erlanger, construit par un noble franco-britannique au début du siècle dans un style éclectique témoignant d’une vision de l’Orient du siècle passé : patio andalou, pièces ottomanes, objets égyptiens… Le baron était également peintre et passionné de musique traditionnelle tunisienne. Malheureusement, le palais est fermé pour travaux. On ne sait pas vraiment pour combien de temps. Peut-être 5 ans ? Comme le TGM, ce train à l’allure soviétique qui relie toutes les 45 minutes le centre-ville aux quartiers de bord de mer. Mais c’est aussi cela qui fait le charme de la Tunisie. Sans fils électriques qui pendouillent, sans un chat qui fouille une poubelle, un taxi qui pétarade avec une portière qui ferme mal, on serait en Grèce, à Mykonos, rêve en bleu et blanc et mer de jade. 

La plage de La Marsa n’a rien à envier aux Cyclades. Tout Tunis s’y presse le week-end et les jours fériés, elle est calme le reste du temps. On l’admire depuis la salle de sport géante avec vue sur mer California Gym Zéphyr (on peut payer sa séance à l’unité, pour ceux qui ne veulent rien lâcher même pendant les vacances). Les plus courageux s’y baignent toute l’année, et l’on y profite du soleil attablé à la terrasse du Golfe, un resto chic à réserver au moins une semaine à l’avance. Une bouteille de blanc tunisien (Magon par exemple), un carpaccio de poulpe ou de bar à la grenade accompagné du bruit des vagues… la définition du bonheur balnéaire. Dans le centre du quartier de La Marsa, on s’arrête un instant pour admirer les narguilés anciens exposés sur les étagères du Café Haouas, on lampe un thé aux amandes et on écoute les petits vieux qui s’étripent sur l’existence ou non de l’espresso allongé. Avec leurs chéchias en feutre rouge vissées sur les oreilles, ils resteront sous les arbres de la petite placette au pied de la mosquée jusqu’au milieu de la nuit.  

La Marsa à Tunis © DR

La Marsa à Tunis © DR

Mais il serait un peu malhonnête, et chwaya condescendant, de réduire Tunis à un bordel tiers-mondiste, baigné de relents orientalistes. Bien sûr, l’œil avide de mosaïque et l’oreille de chant du muezzin trouvera son bonheur. La médina est le paradis de ce dépaysement. Le Palais Kheireddine, le Mausolée Tourbet El Bey et ses stucs finement ouvragés, la mosquée Zitouna et ses colonnes provenant des ruines de Carthage, les échoppes de cuivre martelé… Et la vue depuis le Café Panorama, la médina à ses pieds, les minarets se dressant vers le ciel. Les dizaines d’appels à la prière qui résonnent sur toutes les tessitures prend à la gorge et aux tripes.

A l'intérieur du mausolée Tourbet El Bey © Pierre Gunther

A l’intérieur du mausolée Tourbet El Bey © Pierre Gunther

Mais Tunis est aussi une ville qui vit et qui bouge au présent. Lors d’un long week-end on peut profiter des bonnes adresses de Tunis. On prend un café-croissant au Boulevard des Capucines le dimanche matin chaussé de ses lunettes Gucci, on se fait la bise entre étudiants des Beaux-Arts au centre d’art contemporain B7L9, on se jette à l’eau en sous-vêtements sur la plage de Gammarth à 3 heures du matin en sortant d’une soirée au Flō avant de retourner les tas de vêtements sur les tréteaux des fripes du souk Bouselsla le dimanche matin (2 dinars la chemise, 60 centimes d’euros, qui dit mieux). On se rend dans le centre-ville prendre des selfies dans les salles de la dernière expo du 32Bis, ou à la Galerie Saladin, ou au Violon Bleu, avant de décompresser à La Petite Hutte une Celtia à la main, entouré d’un nuage de fumée. Autre étape à dénicher par les seuls experts noctambules, le Circolo Italiano dans le quartier un poil hipster (ou ce qui s’en rapproche le plus à la tunisienne) de Lafayette. Dans ce club du début du siècle fondé par les immigrés italiens qui aimaient s’y retrouver pour jouer à scopa, « personne ne s’est jamais plaint de la pizza » nous lance le chef du restaurant au dernier étage, en nettoyant son four à bois un soir après le service. La présence italienne, surtout des Siciliens, Calabrais et autres habitants du Sud de la Botte, qui sont venus s’installer au XIXe siècle, se remarque dans les cartes des restaurants où les pâtes sont partout. Les spaghettis au poulpe et à la crevette de Weld Moufida sont un merveilleux souvenir de vacances. On dit d’ailleurs en dialecte tunisien makrouna pour les pâtes (macaroni en italien), ainsi que cogina pour la cuisine, ou forchetta pour la fourchette. Achille Zavata et Claudia Cardinale sont nés dans le quartier de La Goulette, et on s’y rend aujourd’hui pour ses restaurants de poissons, bondés les dimanches midi. Chez Flouka ou El Mossli (et tous ceux de l’Avenue Franklin Roosevelt, qui servent sensiblement la même chose), on commande un « menu complet poisson », daurade ou loup, et on savoure pour 20 dinars environ (6 €) une farandole qui rassasie dès l’entrée. Salade mechouia de légumes grillés, omek houria à la carotte et salade tunisienne au concombre, suivies d’une chorba (soupe) au poisson et d’un brick à l’œuf, coulant ou bien cuit. Avant l’apothéose, une daurade grillée accompagnée de frites, souvent mal cuites, et de kafteji, des légumes frits mélangés à de l’œuf et coupés finement au couteau. Saha, bon appétit.  

De la cuisine, l’influence italienne s’étale aussi sur les murs. En se baladant dans la médina, et surtout dans les quartiers populaires de la ville où les touristes ne vont pas, on croise de grandes fresques, hyper colorées, aux slogans en italien et en arabe à la gloire des équipes de foots. « Noi Tunisi, Voi Pocchi » lit-on rue Ben Ayad sur fond rouge et noir. « Nous sommes Tunisiens, vous, vous n’êtes rien » déclare la faction des supporters Ultras du quartier de Bab Jedid. Une culture populaire jeune et joyeuse qui soutient les deux clubs de Tunis, L’Espérance Sportive, le plus connu à l’international qui joue en Championnat d’Afrique, et le Club Africain, fondé en 1920, plus politisé, qui s’opposait au Protectorat français. Des groupes de supporteurs qui embellissent la ville de mille couleurs et dont les fresques et les chants prennent souvent une couleur politique et se battent pour l’avenir de la jeunesse, contre la pollution ou les violences policières. 

Le 40, rue Oum Kalthoum à Tunis © Pierre Gunther

Le 40, rue Oum Kalthoum à Tunis © Pierre Gunther

Après une longue période sous domination ottomane, le protectorat français (1881-1954) a également marqué la ville, en construisant devant la médina le quartier désormais simplement baptisé « Centre-Ville », où se trouve la Cathédrale, et ponctué de magnifiques immeubles Art Nouveau et Art Déco comme le 40, rue Oum Kalthoum. On ne rate pas le Théâtre Municipal, le Marché Central et la pâtisserie Chez Marsaoui, Au Bon Vieux Temps, rue du Général de Gaulle. Les kaak warqa à la rose, les ghraybet homs à la farine de pois chiche, les maqrouds à la figue ou aux dates et autres douceurs traditionnelles s’y étalent par centaine. On ne passe pas non plus à côté d’un cocktail au Habibi Dowtown, au 11e étage d’un immeuble brutaliste qui n’a rien à envier à Berlin Est, massif et magnifique. Et pour finir, une escale au musée du Bardo, le plus grand du monde dédié à la mosaïque, installé dans l’ancien palais des Beys de Tunis. De Carthage à l’Empire romain, des stèles Amazighs aux objets de tradition juive, on comprend que le melting-pot à Tunis, et dans toute la Tunisie, ne date pas d’hier, et que le dynamisme, l’effervescence et le mélange des genre aujourd’hui, ne sont que la prolongation d’une tradition d’accueil des influences de tout le bassin méditerranée, d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Bonne visite. 

 

Nos bonnes adresses par quartier 

Sidi Bou Saïd 

Restaurants : Weld Moufia, Chez Chargui, Au Bon Vieux Temps 

Café : Art Café, Chez Chargui, Ben Rahim, Bleue 

Verre : Hôtel Sidi Bou Saïd 

La Marsa 

Restaurants : Le Golfe, Weld El Bey, Lablebi Chez Hattab, Bambino, Le Zinc, El Mida 

Café : El Haoura, top du Zephyr, Café Hello 

Verre : Dar El Marsa, Au Bon Vieux Temps La Marsa 

Médina 

Restaurants : Chez Slah, Dar El Jeld 

Café : Café Panorama 

Verre : Rooftop du Dar El Jeld, Café Belkadhi, Café Mrabet 

Centre-Ville 

Verre : Habibi Downtown, La Petite Hutte 

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