Destinations
De Marseille à La Ciotat par la route de la Gineste et la route des Crêtes
25 OCTOBRE . 2026
Il existe des routes qui se méritent. La départementale qui relie Marseille à La Ciotat, en plein cœur du Parc National des Calanques, est une des plus belles routes du sud de la France, aussi époustouflante côté terre que côté mer. Décor presque irréel, virages à perte de vue, une carte postale permanente.

De Marseille à La Ciotat par la route de la Gineste et la route des Crêtes © Clos Sainte-Magdeleine
Aucun superlatif ne réussit à décrire le paradis naturel qui se déploie entre Marseille et La Ciotat, une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau. Gaston Rébuffat, célèbre alpiniste, décrit de « vastes étendues toutes en arêtes et en thalwegs [chemin de l’eau au fond d’un ravin NDLR], faites seulement de garrigue et de pierre, de lumière et de silence, qui, grâce à leur sol sans terre et à leurs reliefs en tous sens, ont gardé leur solitude et leur vie ». Jean Giono y voit une dimension mythique : « La lecture d’Homère s’impose ; ces roches nues, ce ciel cru, cette mer amère et parfois les bourrasques d’un vent blanc parlent tout naturellement de combats héroïques ». Les collines sont couvertes de thym et de romarin, de genêt qui se dit gineste en provençal ; des pins d’Alep et des buissons de chênes kermès accrochés au roc, sont enveloppés de calcaire blanc. Les calanques rivalisent de beauté, falaises tarabiscotées et eaux cristallines. Derain, Matisse, Paul Signac posent leurs chevalets, le cinéma sa caméra.
Marseille : le calme et la tempête
Sortir de la gare Saint-Charles, s’arrêter en haut de l’escalier et sentir Marseille : un air iodé un peu sucré, une lumière dorée, des rues qui s’élancent vers la Méditerranée. Ouverte aux quatre vents, Marseille la populaire passe pour la plus turbulente des villes françaises. Du Vieux-Port au cours Belsunce, à la Canebière, le désordre est revendiqué, l’énergie débordante. La ville de Fernandel, de Zidane, de JuL, ne cesse de se réinventer, elle a été désignée capitale européenne de la culture en 2013. Le New York Times parle de « nouveau Berlin sur la Méditerranée ». Avant de déplier bagage, on grignote un chichi, gourmandise frite et sucrée qui embaume les bords de mer phocéens (Chouchou Marseille, 30 rue de l’Évêché) ; on dévore une pizza à la Trattoria Partenope (56 rue de l’Évêché). Les serveurs et le pizzaiolo parlent avec l’accent italien, comme à l’époque où les Napolitains avaient recréé leur monde, entre le Vieux-Port et le quartier Saint-Jean, où le petit peuple du Panier se régalait à coups de pizzas anchois et fromage (de l’emmental, ici c’est Marseille).

Le vieux port de Marseille © LamyOMTCM
ON DORT OÙ ?
Au Couvent ! Emboîtée dans les escaliers du Panier, à deux pas du Vieux-Port et d’une Vieille Charité où se côtoient archéologie et art contemporain, une fonderie de canons est cédée au XVIIe à des moines. Derrière d’imposants murs de pierres et une porte monastique, le lieu est aujourd’hui un logis pour voyageurs à la recherche de moments intimes. Les propriétaires, Inès et Nicolas, ont religieusement restauré l’édifice. Le Couvent dispose de 8 suites aux allures de petits appartements. Charpentes apparentes, lourds planchers de bois, un escalier à la mesure du bâtiment sont là pour rappeler le passé. Il règne un silence d’église. Les espaces sont généreux (de 35 à 95 m2), élégants, pourvus d’un salon, équipés d’une cuisine dernier cri. On découvre des sièges Le Corbusier, des canapés Gervasoni signés Paola Navone, des candélabres de la maison centenaire Pierre Mouret, des photos… Libre à chacun d’inventer son séjour, d’y vivre à sa guise. Le sentiment de se croire chez soi est ici une vertu cardinale.

Le Couvent © DR
Le Couvent
8 suites à partir de 180 € la nuit.
6 Rue Fonderie Vieille, 13002 Marseille
Le soleil baisse, c’est l’heure de l’apéro, un rituel « bien-être » qui se porte bien à Marseille…On pousse jusqu’aux Goudes, hameau de pêcheurs à la pointe sud de la ville, face à l’imposante île Maïre. C’est « le bout du monde », disent ses habitants. Peu importe si des instagrameurs perturbent parfois l’ordinaire quiétude du lieu, il règne toujours « l’art de vivre à la marseillaise ». Au bout d’un chemin taillé dans les roches, une petite plage. On sirote une mauresque ou le cocktail du jour à La Baie des Singes (Cap Croisette) sur une chaise longue orange, le regard au large. Haut lieu de la contrebande, on demandait jadis aux enfants d’être muets … comme des singes !
A TABLE !
On se pose au Rouge. Rouge comme le nom du quartier, Pointe-Rouge. Comme le nom du restaurant de Louise et Arthur, face à la plage de la Vieille Chapelle, loin de l’agitation du centre-ville. Des grandes baies laissent entrer l’air du large. Louise a fait son apprentissage chez Alain Passard à l’Arpège ; à Septime, le restaurant à Marseille de Bertrand Grébaut. Elle rencontre Arthur à l’Arpège, il est maître d’hôtel. Trois p’tits tours et puis s’en vont pour un tour du monde. 3 ans, 16 pays. De retour, Louise et Arthur voient … « Rouge ». La salle est contemporaine, des touches de couleur rappellent le nom. Rouge est un « bistrot moderne » où le produit local sonne juste. « On s’assied face à la mer et on imagine les plats qu’on aimerait manger », résume Louise. Un pétale d’oignon doux farci à la brousse ; un thon rouge de ligne mi-cuit servi avec une courgette crue en purée, huile d’anchois et jus de bœuf aux mûres. Un chou pâtissier, myrtille, framboise, crème au maïs pour conclure. Pas de saumon, il n’y en a pas en Méditerranée ! Verdict ? On ressort le visage empourpré…
- Rouge © DR
- Rouge © DR
Rouge
Comptez environ 30 € au déjeuner, jusqu’à 80 € le soir.
147 Av. Joseph Vidal, 13008 Marseille
La route de la Gineste, de Marseille à Cassis
Le jour se lève. Au Rond-point du Prado, la route de la Gineste. En langage plus administratif, la départementale 559. Elle nous escorte jusqu’à Cassis. Pas besoin de GPS. On longe le stade Vélodrome, on frôle l’obélisque de Mazargues, on côtoie le quartier du Redon. La nature reprend ses droits à Luminy (dans le 9e arrondissement) avec les premiers lacets du col de la Gineste (326 mètres), cernés par les massifs de Marseilleveyre et du Puget, les cirques de la Bougie et des Walkyries … les Calanques. Une vingtaine d’entailles creusées dans la roche plonge dans des eaux d’un bleu profond, dessinant des criques de sable et des ports miniatures. Aucune ne se ressemble, impossible de les confondre. La plupart ne sont accessibles qu’en bateau ou par des sentiers.
En-Vau est un étroit rectangle long de 700m, bordé de hautes falaises qui enserrent les eaux et une petite plage de sable à l’écart du monde. Podestat est toute menue. La tectonique des plaques a agrandi la calanque de Sormiou, la plus vaste. Des barques dodelinent dans le petit port de pêche. Impossible de résister à la tentation de la baignade dans la calanque de Sugiton et ses criques. Callelongue et Port-Pin sont restées des rias. Protégée par de hautes falaises, Devenson n’est accessible que par bateau … ou en rappel. Des pins d’un vert intense s’accrochent miraculeusement à la paroi. On devine la calanque de l’Œil de verre.
Les calanques nourrissent toutes les passions. Il y a ceux qui sont là pour la promenade, ceux qui courent, les bronzeurs et les baigneurs en quête d’une crique, les randonneurs avec leurs grosses chaussures. Il y a les grimpeurs qui escaladent les falaises d’En-Vau ou des Goudes, l’aiguille de la Grande Candelle flanquée de son Candelon. Il y a ceux qui plongent à la découverte de mérous bruns, de barracudas, de gorgones ; de grottes sous-marines ou d’épaves qui parsèment les fonds. Il y a les cabanoniers de Callelongue ou de Sormiou, qui jouissent d’un luxe extravagant : quelques mètres carrés et une terrasse à l’ombre des pins. Simple abri de pêcheur, le cabanon est devenu une résidence secondaire. On se pose à Port-Miou « meilleur port » en provençal. La calanque est singulière par sa longueur (une étroite langue de mer de 1,5 km), son eau cristalline et son atmosphère presque exotique, ni totalement sauvage, ni aménagée. Cette ancienne carrière est un abri naturel où il est interdit de jeter l’ancre. On s’amarre par embossage, à la marseillaise ! La visite des calanques par la mer est bien sûr une option. En kayak, en stand-up paddle, en bateau au départ de Marseille ou de Cassis, à la manière des bateaux-mouches (GIE des Bateliers Cassidains, quai Saint-Pierre, Cassis).
Cassis, la ville calanque
Dans un dernier virage, la Gineste nous récompense de l’avoir empruntée. Face à nous, Cassis, l’essence même du petit port de pêche méditerranéen : lumière du Sud, pointus colorés. On fait ses courses au marché (les mercredis et vendredis sur la place Baragnan), on savoure une cuisine généreuse, le loup, la rascasse, la dorade ; un pain aux olives, des melons sucrés à souhait. On boit un « café verre » ou un petit verre de blanc en regardant les bateaux à l’amarre. L’eau est cobalt ou turquoise selon les heures de la journée.

Cassis © DR
ON DORT OÙ ?
Depuis toujours l’Hôtel Liautaud figure sur la carte postale du port. Y pénétrer, c’est devenir Cassidain ! Bâti en 1870 par la famille Liautaud, sous le château et sur le port, à 50 mètres de la plage de la Grande Mer, on côtoie sur sa terrasse une clientèle d’habitués, de plaisanciers en villégiature, de pêcheurs. Dans les années 1950, Marcel Pagnol, Fernandel, Brigitte Bardot… Le Liautaud a rouvert ses portes en 2022 après un total relooking. Deux ans de travaux ont été nécessaires pour métamorphoser le petit établissement de 39 chambres (paré de deux étoiles), en boutique-hôtel 4 étoiles de seulement 30 chambres (entre 17 et 36 m2). L’ambiance est minérale, la palette chromatique naturelle. Le Liautaud incarne un idéal méditerranéen, une dolce vita provençale qui laisse la lumière au paysage et aux belles matières. Le mobilier ondoie, des fauteuils, des tables basses, un grand canapé sont signés Pierre Paulin, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret…

L’hôtel Liautaud © Nicolas Anetson
Hôtel Liautaud
30 chambres à partir de 125 € la nuit pour une chambre double en basse saison, petit déjeuner compris.
Rue Marcel Barthélémy, Cassis
Cassis est une terre viticole. Au pays des rosés, dix domaines dans un mouchoir de poche (215 hectares) produisent des blancs, la couleur emblématique du premier vignoble côtier classé en France (1936). Rendez-vous au Clos Sainte-Magdeleine (446 av. du Revestel), pépite de l’appellation AOP Cassis. Tout en restanques accrochées au flanc du Cap Canaille, le Clos est le vignoble de Jonathan Sack. Un vignoble singulier de 14 hectares, sculpté par l’iode et le sel, qui grandit dans les senteurs de thym et de romarin. Les pentes sont fortes, la culture en terrasses. Le clos se prolonge jusqu’à la mer, en presqu’île. « Nous cultivons des cépages comme la clairette et l’ugni blanc, la marsanne, le bourboulenc, quelques rangs de rolle et de Mourvèdre… », divulgue le vigneron. La visite du chai laisse à voir un alignement de dolias romaines. A quelques mètres, le restaurant triplement étoilé La Villa Madie (anse de Corton, 30 av. du Revestel) est orchestré par le chef Dimitri Droisneau.

© Clos Sainte-Magdeleine
A TABLE !
Les Belles Canailles est le restaurant gastronomique des Roches Blanches, l’hôtel 5 étoiles de Cassis. Les tables de la terrasse, face au Cap Canaille, sont à l’abri de pins et de parasols blancs. Le spectacle est servi ! Si le Chef Alessandro Guardiani, formé dans les maisons d’Alain Ducasse, supervisent le restaurant italien Rocco et le Loup Bar d’inspiration nikkei, le temps se fait plus long, plus iodé, plus marin aux Belles Canailles. La Méditerranée donne le ton. Un artichaut est paré d’herbes marines, coquillages et caviar. Une sériole marinée, carottes, pickles de gingembre et agrumes enfonce le clou. Un saint-pierre grillé rencontre des girolles cuites dans le gras du wagyu et des feuilles de capucine. Le loup sauvage, confit, s’acoquine avec des courgettes trompettes, olives vertes et tagète. Le chef a le don du poisson. Vanille de Tahiti, glace mélilot et croustillant aux amandes : la fin du repas est lumineuse et colorée. La carte des vins affiche une affection pour les blancs, le meilleur de la production locale.

© Les Belles Canailles
Les Belles Canailles
Trois menus : « Essentiel » en trois services pour le déjeuner (90 €), « Initiation » en quatre services (130 €) et « Immersion » en cinq services (170 €).
9 avenue des Calanques, Cassis
GOOD VIBES !
– Au rez-de-chaussée d’un immeuble pittoresque du vieux Cassis, Fabrice Cicot, arrière-arrière-petit fils d’un parfumeur piémontais, a redonné vie à l’Eau de Cassis, une Cologne imaginée en 1851 pour une dame de la bourgeoisie marseillaise et concoctée uniquement avec des essences de plantes provençales. L’eau de Cassis (8 Rue Saint-Clair) est aujourd’hui une boutique-musée. L’eau à la lavande bleue est incontournable…
– Préambule (8 Rue Pierre Eydin) est la dernière librairie avant la mer. Une petite librairie à l’ancienne, indépendante, où l’accueil et le conseil sont défendus. On déambule entre BD, SF, polars, livres régionaux, prix littéraires, littérature française et étrangère…, coups de cœur du libraire. Les rencontres et les dédicaces se multiplient, les lecteurs sont au rendez-vous.
– 2CV Méhari Club Cassis (Quartier le Bregadan), labellisé « Entreprise du patrimoine vivant » en 2019, œuvre depuis plus de quarante ans à la préservation du patrimoine automobile français. Notamment la Méhari, véhicule iconique de la marque aux chevrons, la monture du nomade. Ses formes ludiques et son look « hyper cabriolet » (tout ce qui est au-dessus de la ceinture du conducteur peut s’enlever, même le pare-brise), en ont fait La voiture qui sent bon les vacances, les souvenirs d’été à la française. A ciel ouvert, on ne dépasse pas les 110 km/h…
– A La Vieille Auberge (14 Quai Jean Jacques Barthélémy), les traditions et les habitués ne changent pas. Dans cette maison familiale, on mange tard, on chante, on refait le monde autour d’un verre de rosé ou de blanc de Cassis (du Domaine du Paternel). On picore la Méditerranée : friture du jour, moules à la provençale ; une aubergine à la parmesane, un loup sauvage cuit à l’arête, accompagné de purée et ratatouille maison. La Vieille Auberge est un lieu de folklore cassidain.

Le vieux port de La Ciotat © DR
La Route des crêtes, destination La Ciotat
Cap Canaille et ses 399 mètres s’élève tout droit au-dessus de Cassis, à travers la garrigue puis dans des reflets jaune doré et rouge orangé. L’ascension se fait par une succession de lacets, de rampes dépassant les 13 %, jusqu’à 30 % dans les virages les plus serrés… Les cyclistes locaux parlent du « petit Ventoux » ! La départementale 141, plus élégamment renommée la « Route des crêtes », serpente au grès des reliefs, sur une quinzaine de kilomètres, offrant un regard saisissant sur les baies de Cassis et de La Ciotat, Marseille et ses iles, les calanques, l’immensité bleue. Au loin on entrevoit la Sainte Baume et la Sainte-Victoire. Les Soubeyranes sont les falaises maritimes les plus hautes de France (394 mètres), parmi les plus spectaculaires d’Europe. Les grimpeurs adorent les Soubeyranes… On fait étape au sémaphore du bec de l’Aigle, à la chapelle Notre-Dame de la Garde, au pont naturel de Terrevaine. On repère la Dent du Chat, on observe la fauvette pitchou et la mélanocéphale, le faucon pèlerin, le hibou grand-duc. L’été, les martinets à ventre blanc remplacent les hirondelles de rochers. A La Ciotat, les calanques du Mugel et de Figuerolles nous offrent leurs eaux transparentes.
La Ciotat, comme au cinéma
La Ciotat fut longtemps délaissée, les visiteurs lui préféraient Cassis, sa voisine. Son lacis de venelles et de ruelles historiques, sa volée d’escaliers piquant vers les quais, ses places ombragées et sa tradition maritime en mettent pourtant plein la vue. Comme sa baie, entrée en 2019 dans le club très fermé des plus belles baies du monde, rejoignant Along, San Francisco, le Golfe du Morbihan, le Mont Saint-Michel… 45 au total dans 25 pays. La Ciotat a aujourd’hui le vent en poupe. Dans la « monotonie du monde » interpellée par Stefan Zweig, elle a su cultiver une singularité. Des chantiers navals imposent leur décor industriel : immense portique, grues, longs hangars… Après avoir construit quelques fleurons maritimes, ils réparent et entretiennent désormais les yachts les plus luxueux de la planète. La Ciotat est aussi la ville des Lumière, Auguste et Louis, inventeurs du cinématographe. Le Palais Lumière, leur demeure estivale (68 Av. Émile Ripert), se visite sur rendez-vous. Le 21 mars 1899, 250 Ciotadens assistèrent à la première projection d’un film à l’Eden-Théâtre (25 bd Georges Clemenceau), ce qui en fait le plus ancien cinéma du monde toujours en activité. Dans la salle aux fauteuils rouges, rénovée et classée en 2013, on fait connaissance avec les deux frères avant de découvrir quelques œuvres qu’ils tournèrent ici : « L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat », « L’Arroseur arrosé » …

La salle de cinéma © Office de Tourisme La Ciotat
ON DORT OÙ ?
A la Maison Acacia, dans le dintre, le « cœur historique ». Une maison du 18ème à la façade ocre, articulée sur quatre étages, a été rénovée par deux ex-Parisiens : Léa la photographe et Thomas le décorateur d’intérieur. Des tomettes provençales conduisent à cinq chambres d’hôte, des rideaux ondulent devant les fenêtres ouvertes. On circule avec légèreté dans un décor de lin, de bois et de rotin, d’objets prodiguant un parfum d’évasion : des photos de Manhattan Beach à Los Angeles prises par Léa, un fauteuil chiné aux puces de Brooklyn, des pagaies, des éventails, des chapeaux mexicains en guise de suspensions, des dessous-de-plat à tajine achetés à Marrakech pour les têtes de lit. Un patio est planté d’un vieil acacia qui donne son nom à la demeure. Particularité, il est possible de repartir avec la déco dans ses bagages. Presque tout est à vendre ! Adossé à la Maison, Léa et Thomas ont ouvert un café (Café Acacia, 9 rue Maréchal Joffre) où on s’installe pour le petit déjeuner, pour chiner de la déco, des livres, des produits cosmétiques…

© Maison Acacia
Maison Acacia
5 chambres de 80 € à 140 € la nuit selon la saison et le type de chambre.
24 Rue Gueymard, La Ciotat
A TABLE !
Caché dans une ruelle près du vieux port, loin des circuits convenus, Couleurs de Shimatani est porté par un couple japonais, Yuichiro et Mika Shimatani. Yuichiro est en cuisine, Mika en pâtisserie et au service. Passés par les cuisines d’Alexandre Mazzia à Marseille et de Christophe Bacquié au Castellet, ils ont décroché en 2023 (quasi immédiatement) une étoile au Michelin. Le Guide appréciait la justesse du propos gastronomique, maîtrisé et singulier. Seulement ouverte au déjeuner, la cuisine puise ses racines entre traditions japonaises et influences méditerranéennes. Les produits viennent du terroir provençal, poissons de la pêche locale, légumes du Liouquet ; le jeu de textures et de couleurs rappelle l’esthétique du kaiseki. Selon l’inspiration du jour, et les produits du marché, on déguste, dans une atmosphère presque méditative, une succession de plus de 20 mets différents, accompagnés de saké pétillant, de bières japonaises, de thé… Avec seulement dix couverts, Couleurs de Shimatani affiche complet des mois à l’avance ! Les samedis soir, un menu est à emporter : entrée du moment, chirashi moderne, pain maison aux algues aonori, douceurs.

© Couleurs de Shimatani
Couleurs de Shimatani
Deux menus : Sentier Découverte (224 €) et Sentier Émotion (244 €). Carte du soir le samedi : 85€ par personne.
35, rue Edgar Quinet, La Ciotat
GOOD VIBES !
– Au coin de la rue des Poilus, le Café de l’Horloge (7 rue Albert et Georges Arnoux) est une halte obligée. Toutes les générations de Ciotadens s’y installent, café-croissant en terrasse au petit-déjeuner, sirop provençal ou chocolat chaud maison au goûter, apéritifs de la Distillerie de Provence en soirée. Un livre est posé sur chacune des tables de bistrot, des vieux bouquins de la littérature populaire, pour la plupart des polars. Ils sont choisis parmi les ouvrages qui garnissent les étagères de la librairie située au fond du café. On se plonge dans la lecture.
– Sur le port, dans l’ancien bâtiment de l’armement des chantiers navals (46, quai François Mitterrand), Le Savonnier des Calanques, Philippe Stettler, explique dans son atelier-boutique la saponification à froid : un mélange d’huile d’olive (72 %), de lessive de soude, d’huiles essentielles de thym, romarin et autres plantes de la garrigue pour le parfum, de pigments naturels pour la couleur. La prescription remonte à un Édit de Colbert en 1688. On repart avec des savons artisanaux et bio, solides ou liquides, des huiles sèches sans conservateur chimique.
– Si l’atelier historique de La Boule Bleue reste ancré à Marseille, la plus ancienne marque de boules au monde s’affiche désormais chez sa voisine La Ciotat. Les Pieds Tanqués (1 bis rue Maréchal Joffre) est un paradis pour les pétanqueurs du dimanche comme pour les compétiteurs acharnés. Et une reconnaissance : c’est ici, dans un boulodrome connu sous le nom de « terrain Jules Le Noir », qu’est née la pétanque en 1910 ! Pour les novices, Enzo Caruso explique les règles ; pour les mordus, le choix de la triplette, le diamètre idéal, le poids exact, le type d’acier pour tirer, pointer ou faire les deux.
– Face à la grande plage, le Rose Thé (247 bd Beau Rivage) dévoile sa silhouette Art déco rose, toute en rondeur. Cet hôtel des années 1920 a rouvert ses portes en 2021 après une rénovation complète. Quinze chambres se déclinent en bleu, vert ou rose. Le bar est la pièce centrale. Carrelage à damier sur le sol et à plumes sur le bar, tables en marbre et laiton, objets chinés, tout rappelle les Années folles et le style Riviera. La propriétaire, photographe originaire de La Ciotat, a fait appel à des artisans locaux pour imaginer des fresques murales, des lampes, des coussins… On déguste un cocktail sur la terrasse face aux palmiers, au coucher du soleil, à la « plus belle baie du monde ».
Avant de rejoindre la Cité phocéenne, on s’arrête une dernière fois pour une collation gourmande. Sur la route étroite de la corniche du Liouquet, au milieu des restanques, Roche Belle est un spot parfait pour profiter de la douceur méditerranéenne. C’est là, dans une petite bâtisse aux murs recouverts de lierre, à l’ombre d’oliviers centenaires, que Damien Arnaud, formé chez les frères Pourcel et Régis Marcon, a posé ses couteaux de cuisine. Ce resto (Bib Gourmand) propose une cuisine ensoleillée, à base d’ingrédients frais et locaux. A l’ardoise, on aime déjà le tartare de thon rouge de ligne aux framboises. Le « Menu de la Corniche » (41 €) mêle agréablement une mousse de brousse à la courgette, crumble parmesan, olives noires et piquillos ; un pavé de merlu rôti, patate douce de la ferme Cupif relevé au gingembre, sur un bouillon au sésame. Pour les carnivores, un veau Black Angus Bio de Camargue. Au dessert, marquise au chocolat et sorbet menthe fraîche. Le tout accompagné d’un verre de rosé de Bandol, Domaine de Cagueloup. « Parfois, le meilleur est de rester simple », souffle le chef…
Roche Belle
455 Corniche du Liouquet, La Ciotat

