Culture
Trois expos parisiennes à ne pas manquer pour tout amateur du 18e siècle !
01 JUIN . 2026
Le XVIIIè siècle baptisé justement le Siècle des Lumières est une période d’une créativité sans précédent. De l’élégant mobilier à la mode, féminine, Paris s’affirme alors comme la capitale du luxe et de l’art de vivre. Rien d’étonnant donc à ce que trois expositions soient consacrées à ce siècle à Paris.

Création Karl Lagerfeld inspirée des robes du XVIIIe siècle au Palais Galliera © Palais Galliera
La mode du XVIIIè siècle, un héritage fantasmé
Rendez-vous au Palais Galliera pour découvrir la culture, l’extravagance, le luxe de cette mode et sa réinterprétation au Second Empire mais aussi de nos jours par les plus grands couturiers : de Karl Lagerfeld à Christian Lacroix en passant par Hubert de Givenchy, Vivienne Westwood, Dries Van Noten…
Plus de 70 modèles sont présentés avec en point d’orgue le corset de la reine Marie-Antoinette, qui nous laisse un rien époustouflé par la finesse de la taille de la souveraine. Il faut bien le regarder : le corset ne devrait plus sortir des réserves en raison de sa fragilité.
- Création Karl Lagerfeld inspirée de la mode du XVIIIe siècle au Palais Galliera © Palais Galliera
- Corset attribué à Marie-Antoinette présenté au Palais Galliera © Palais Galliera
Dès les premières décennies du XVIIIè jusqu’aux années 1780, le vestiaire féminin se renouvelle. Les « marchandes de mode », parmi lesquelles Rose Bertin font figure de star. Elles créent des robes, souvent de couleurs unies et parées de riches ornements : passementerie, dentelles, rubans. On reste émerveillé devant les magnifiques robes à la française (ouverte ou semi-ouverte sur une jupe de dessous) qui, indépendamment de leur luxe et de leur élégance, confèrent une superbe allure à la silhouette. « La mode est un éternel recommencement », cette maxime largement répandue trouve avec ce style toute sa signification.
Au milieu du XIXè siècle, avec en filigrane le véritable culte que vouait l’impératrice Eugénie à Marie-Antoinette, on voit le retour de la jupe ample et l’arrivée de la crinoline rappelant les paniers du siècle passé. Et, de nombreuses dentelles et broderies reprennent sans hésiter le travail des « marchandes de mode » du XVIIIè. Dès la fin des années 1940, les couturiers français désireux de voir Paris retrouver son titre de capitale de la mode se tournent de nouveau vers ce siècle et son héritage, en réinterprétant les codes de cette époque : jupe volumineuse, buste étroit.
- Création Givenchy inspirée des silhouettes du XVIIIe siècle © Palais Galliera
- Robe à la française du XVIIIe siècle créée par Rose Bertin et exposée à Paris © Palais Galliera
L’expo se termine sur un véritable défilé de mode mettant en avant des pièces d’exception contemporaines signées de nos plus grands couturiers. Et dans une vitrine, plusieurs paires de chaussures XVIIIè voisinent avec certaines très actuelles inspirées de cette époque et signées Dior ou Roger Vivier.

Souliers XVIIIe siècle et créations contemporaines exposés au Palais Galliera © Palais Galliera
Palais Galliera
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, les vendredis jusqu’à 21h.
Exposition disponible jusqu’au 12 juillet
10, avenue Pierre 1er de Serbie, Paris 16e
Site officiel de l’établissement
Une journée au XVIIIè siècle, chronique d’un hôtel particulier
Prêt à remonter le temps ? Alors direction le musée des Arts Décoratifs. Nous voilà partis à la découverte d’une demeure aristocratique dans les années 1780 et aussi du mode de vie de tous ses habitants. Cette exposition immersive plonge d’emblée le visiteur dans le Paris du XVIIIè : on perçoit le martellement des sabots des chevaux sur le pavé avant de pénétrer dans les lieux. Plus de 550 pièces originales : boiseries et papiers peints, mobilier, céramique, tableaux de Paris, orfèvrerie, vêtements, perruques, jouets, bijoux… ponctuent la balade. La scénographie futée déroule différentes pièces : chambre, salle à manger… de l’hôtel particulier reconstituées avec un souci du détail très pointu grâce à une foule d’objets. Après avoir quitté la chambre avec son lit à baldaquin, le maître de maison se livre à sa toilette qui se déroule souvent avec une poignée d’intimes. L’occasion de découvrir les accessoires indispensables : aiguière et son bassin, boîtes à savon et à éponge… Plus tard le dîner (pris entre 14 et 16 h un peu notre actuel déjeuner) est le moment d’une mise en scène magnifique, avec chaises cannées, fontaine murale pour se laver les mains, consoles-dessertes, superbe vaisselle et au centre un surtout de table avec jardin imaginaire.

Scène de vie aristocratique dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle © Musée des Arts décoratifs
Grand moment de l’après- midi, la collation à base de chocolat, thé ou café se déroule dans le boudoir, attribuée à la maîtresse de maison… Une pièce où elle lit, écrit sur son bureau, un bonheur-du-jour, pendant que son mari vaque à ses affaires dans la bibliothèque. Après un léger souper place aux jeux, très en vogue à l’époque dans l’aristocratie qui entraîne souvent toute cette petite société jusque tard dans la nuit. Enfin l’exposition souligne les améliorations apportées par des nouveautés à cette époque : l’éclairage, le chauffage, l’eau. Sans oublier la vie au quotidien : l’éducation des enfants, les diverses tâches de la nombreuse domesticité, et l’attachement aux animaux familiers, chiens, chats et oiseaux. Bref une ambiance qui fera dire à Talleyrand « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre. » Pour une expérience similaire immersive, rendez-vous dans les plus beaux hôtels qui misent sur la mode.
Musée des Arts Déco Carrousel du Louvre
Du mardi au dimanche de 11h à 18h, fermé le lundi
Exposition disponible jusqu’au 5 juillet 2026
107 rue de Rivoli, Paris 1e
Site officiel de l’établissement
Révéler le féminin | Mode et Apparences au XVIIIe siècle
Présentée au musée Cognacq-Jay en collaboration avec le Palais Galliera, cette exposition propose une immersion dans l’univers des féminités au siècle des Lumières. Rappelons au passage que ce discret musée inauguré en 1929 rassemble la collection dédiée au XVIIIè siècle réunie par Ernest Cognacq-Jay et Marie-Louise Jay, les fondateurs de la Samaritaine et léguée à la ville de Paris.

La Présidente de Rieux de Maurice-Quentin de La Tour au musée Cognacq-Jay © Musée Cognacq-Jay
D’abord installé dans un bâtiment contigu à la « Samaritaine de luxe », il fut transféré en 1990 dans l’hôtel Donon, dans le Marais. Dès la première salle on reste ébloui par une somptueuse robe à la française rose, une couleur devenue très à la mode grâce au progrès dans la teinture des textiles. Le parcours débute alors sur une série de portraits de femmes « de qualité » signés Quentin de La Tour et Nattier.

Scénographie de l’exposition Révéler le féminin au musée Cognacq-Jay © Musée Cognacq-Jay
Ces portraits qui connaissent un essor important au siècle des Lumières montrent bien le raffinement et le faste des vêtements de leurs modèles. Ils sont aussi un témoin de l’identité et du statut social. Tout au long de l’expo portraits, scènes galantes et pièces de vêtements d’époque : corps à baleines, pièces d’estomac, panier… dialoguent pour explorer la diversité des représentations de la féminité telles qu’elles se déploient dans les mises en scène de l’époque.
L’exposition souligne l’essor d’un style français dont l’élégance séduit les cours et l’aristocratie européennes et la pérennité de ce style jusqu’à aujourd’hui comme le prouve (entre autres !) cette robe à sequins vert brodée de fleurs multicolores de la collection haute couture 2019 de Chanel.
- Corps à baleines et accessoires de mode du XVIIIe siècle © Musée Cognacq-Jay
- Robe Chanel haute couture inspirée du XVIIIe siècle au musée Cognacq-Jay © Musée Cognacq-Jay
On trouve aussi exposés quelques magnifiques meubles de cette période où le raffinement de l’ébénisterie atteint son apogée. Enfin, une série de photos contemporaines de Steven Meisel, Esther Ségal, ou Valérie Belin, insistent sur la persistance des codes et l’héritage du XVIIIe siècle dans la mode actuelle…

Mode contemporaine et héritage du XVIIIe siècle au musée Cognacq-Jay © Musée Cognacq-Jay
Bon à savoir : une mini bibliothèque dans l’entrée du musée propose des livres de poche sur le XVIIè. Pour en savoir plus et rentrer dans le quotidien de Versailles plongez-vous dans l’ouvrage d’Ines de Kertanguy « Madame Campan, première femme de chambre de Marie- Antoinette ».
Musée Cognacq-Jay
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Exposition disponible jusqu’au 20 septembre 2026
8, rue Elzevir, Paris 3e
Site officiel de l’établissement





