L’Art nouveau à travers les cafés bruxellois

Gastronomie

29SEPT. 2026

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L’Art nouveau à travers les cafés bruxellois

29 SEPTEMBRE . 2026

Écrit par Alain Maurice

Bruxelles est une des capitales de l’Art nouveau. A la fin du XIXe siècle, il s’épanouit dans l’architecture et les arts décoratifs, se caractérise par des formes inspirées de la nature. L’Art nouveau est beau, audacieux. Quelques habitations privées peuvent être visitées, on admire l’exubérance de leurs façades. Des cafés et des brasseries remontent le temps, se souviennent de la Belle Époque.

 

© La Porteuse d'Eau

© La Porteuse d’Eau

Un gang d’architectes est convoqué, des carreleurs, des tapissiers, des miroitiers, des marbriers, des menuisiers… La lumière qui filtre de vitraux fait étinceler des mosaïques, des faïences, des dorures. Sous des verrières, des escaliers monumentaux et des fresques allégoriques. Des femmes aux longues chevelures flottantes se reflètent dans des miroirs aux silhouettes fluides. L’Art nouveau fait la part belle aux courbes et aux volutes. Les tons rouge-orange s’épanouissent, le métal est mis à l’honneur, à l’intérieur comme à l’extérieur. Des motifs végétaux sont sertis de ferronnerie vert-de-gris. L’Art nouveau est une rupture. La Première guerre mondiale éclate, on passe de la Belle époque aux Années folles. L’Art nouveau cède la place à un style plus géométrique, plus anguleux, l’Art déco, que l’on continue de retrouver dans de nombreux établissements et hôtels.

 

La Porteuse d’Eau 

De 1900 à 1902, Ernest Blerot, architecte majeur de l’Art nouveau, dessine dans la rue Vanderschrick une série d’habitations connue aujourd’hui sous le nom d’« ensemble Blerot ». 17 maisons particulières destinées à la vente. Toutes les façades sont différentes, balcons, corniches, pignons et mansardes. La décoration n’est pas oubliée : vitraux, ferronneries, mosaïques, éléments de menuiseries et poignées de portes, dans un souci extrême du détail. Blerot les dessine lui-même. Une maison d’angle de quatre niveaux, ornée d’étroits bow-windows et surmontée d’une tourelle, abrite La Porteuse d’Eau, une brasserie de l’époque. Impossible de la manquer avec ses fenêtres en saillie aux lignes tourbillonnantes et ses ferronneries en « coup de fouet ». À l’intérieur, au-dessus des portes et des fenêtres, paradent des vitraux en verre coloré, des boiseries travaillées, des sgraffites (décorations murales en camaïeu) aux motifs floraux. Au milieu, un impressionnant escalier en colimaçon et à garde-corps en fonte est couronné d’une éclatante coupole déclinée en jaune et vert, ornée d’iris. Un vitrail représente une porteuse d’eau, figure de la commune de Saint-Gilles. Tout est pensé, l’Art nouveau s’affiche partout. Dans un petit compartiment, façon ancien train de voyageur, nous attendent une carbonade flamande, un caquelon de moules, un waterzoï à la bière, des belles frites servies à l’écumoire, une pinte de Jupiler…

La Porteuse d’Eau
48 Avenue Jean Volders (angle rue Vanderschrick), Saint-Gilles

À deux pas 

Transformée en musée, la maison Hannon est meublée de lustres et de mobilier Émile Gallé, décorée d’œuvres réalisées par James Ensor, Victor Rousseau ou Émile Claus. Des fresques de Paul Baudouin, disciple de Puvis de Chavannes, se déploient dans la cage d’escalier et la salle de réception. Des marbres et des mosaïques leur répondent, dans un décor antique.

© Le Perroquet

© Le Perroquet

Le Perroquet

Posé à l’angle de la rue Watteeu, entre la place Poelaert et celle du Sablon, Le Perroquet est plus qu’une simple adresse, c’est une institution bruxelloise. Pour ses pitas d’abord, près de 70, belges et bigarrées, généreuses et mortellement bonnes : feta crémeuse, légumes grillés, concombre, miel, oignons caramélisés, raisins secs, bacon croustillant et pomme fraîche… La pita a la cote à Bruxelles ! Dès que l’on détourne le regard d’un « Perroquet » au porc, pomme, lard et salade, la magie de l’Art nouveau agit aussitôt. Les vitraux colorés, le carrelage au sol, les lustres et les boiseries ; un miroir, des lambris, le comptoir et l’armoire de bar, les colonnes… Les sgraffites, restés des années sous une couche de papier peint, ont été entièrement restaurés. Au-dessus du bar, des panneaux de vitrail retrouvés à la cave. Le plafond est orné de moulures en bois foncé. Construit en 1896, l’édifice (façade et décor) est signé par l’architecte Paul Hamesse, figure de l’Art nouveau bruxellois, influencé par le style Sécession viennoise, en opposition à l’Art nouveau floral initié par Victor Horta. Jadis Le Perroquet était le rendez-vous des avocats entre deux plaidoiries au Palais de Justice voisin. Aujourd’hui on y croise un public typique du Sablon, mélange d’antiquaires, de touristes et de jeunes. Par beau temps, sa terrasse est une des plus agréables de la capitale. 

© Le Perroquet

© Le Perroquet

Le Perroquet
31 Rue Watteeu, Bruxelles

À deux pas 

Le Musée des Instruments de Musique est abrité dans un immeuble Art nouveau jadis occupé par les grands magasins Old England. La société voulait à l’époque s’agrandir et fit construire un nouveau bâtiment. Une étonnante structure-squelette, de fer et de verre, fut pensée par l’architecte Paul Saintenoy. 

 

Les Brigittines

Installées dans un ancien bureau de poste, aux pieds de Notre-Dame-De-La-Chapelle, entre le Sablon et les Marolles, Les Brigittines (sous-titré Aux Marches de la Chapelle), incarne l’âme de la Belle Époque, du temps où Bruxelles brusselait… Le lieu bruit de petites et de grandes tables, de boiseries patinées, de banquettes, de parquet astiqué, de miroirs et de bronzes, de lampes boules, de peintures à la Mucha. Une barre de cuivre court le long du comptoir, des carafes patientent sur une desserte. Bien assis, on s’attend à ce que le reste suive. On n’est pas déçu. Le « théâtre » des Brigittines célèbre une cuisine au franc-parler. L’inoxydable chef Dirk Myny (bruxellois pur jus, en place depuis plus de trente ans), poêlon en cuivre à la main pour un service à table à l’ancienne, connaît les plats d’antan par cœur. On ne minaude pas : joues de bœuf braisées quatre heures à la kriek Cantillon, vol-au-vent de poularde au ris de veau, crêtes de coq et pied de porc à décortiquer, garni de câpres et de cornichons. Le Zenne Pot, plat « signature », marie chou cabus aux feuilles lisses, cuit à la Gueuze, bloempanch (boudin noir clouté de gras), saucisse sèche et bulots. Du solide ! L’adage de la maison : « wijn en bier zijn plezier » (le vin et la bière sont un plaisir). On avale une très respectable Cantillon, une Rulle Triple aux arômes floraux de houblon, une Chike Madame…

© Les Brigittines

© Les Brigittines

Les Brigittines
5 Place de la Chapelle, Bruxelles 

À deux pas 

Le quartier des Squares témoigne à lui seul du savoir-faire des architectes belges de la fin du XIXe siècle. La nature se mêle à quelques-unes des plus belles productions du mouvement. L’hôtel Van Eetvelde, œuvre de Victor Horta, est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il héberge le Centre d’Interprétation de l’Art nouveau (LAB·An).

 

Le Cirio 

Direction le quartier de l’ancienne bourse de commerce, joyau de la Belle Époque. Financiers, agents de change et boursicoteurs aiment être vus dans des cafés aux décors somptueux : miroirs, lampes en laiton, tables en marbre et serveurs en gilet. Francesco Cirio, industriel piémontais à l’origine d’une marque florissante de sauce tomate, imagine un salon de dégustation dans un immeuble conçu en 1886 par l’architecte Charles Gys. Henri Coosemans modifie la devanture et la décoration intérieure en 1909. Depuis, rien n’a bougé, ou presque. Pousser la porte du Cirio, c’est entrer dans une carte postale du Bruxelles des années 1900 : colonnes de bronze, marbre, banquettes en velours rouge, papiers peints floraux, lambris, lustres en fer forgé et verrières colorées. De monumentaux urinoirs en porcelaine trônent encore dans les sanitaires ! Tout respire l’élégance d’une époque révolue. L’adresse a servi de décor au film La bande à Bonnot. Seule l’atmosphère est aujourd’hui plus éclectique : Bruxellois pur jus et touristes, toutes générations confondues. Côté assiette, la cuisine traditionnelle belge reste au premier plan : plats mijotés à la bière, croquettes aux crevettes, gaufres de Bruxelles et bien sûr carbonnade. Impossible de quitter Le Cirio sans goûter un « half and half », mélange de vin blanc et de vin mousseux, né ici et qui était très apprécié, dit-on, de Jacques Brel.

Le Cirio © Bruxelles ma belle

Le Cirio © Bruxelles ma belle

Le Cirio
18 rue de la Bourse, Bruxelles

À deux pas 

Des bandes dessinées dans un temple Art nouveau : le meilleur de Bruxelles ! Le Centre belge de la Bande Dessinée, plus grand musée consacré au 9ème art en Europe, est hébergé dans un ancien magasin de textiles, tout en fer forgé et coursives, chef-d’œuvre là encore de Victor Horta. 

 

De Ultieme Hallucinatie 

Derrière une façade de la rue Royale, Bruxelles cache De Ultieme Hallucinatie (L’hallucination ultime !), une brasserie au cœur d’une maison de maître érigée en 1841 pour un peintre animalier. Tout y est opulent, théâtral. Cet hôtel particulier, aussi appelé Hôtel Cohn-Donnay (il tient son nom d’une riche famille de commerçants), fut métamorphosé en 1904. Le chic de l’époque, c’est l’Art nouveau ! Les Cohn-Donnay se tournent vers Paul Hamesse. Il transforme le balcon de façade en loggia, une de ses signatures ; un oriel en bois est surmonté d’un balcon. A l’intérieur, 

c’est « l’intervention totale », leitmotiv de l’Art nouveau, qui se teinte à l’occasion de Sécession viennoise et de Mackintosh, un Art Nouveau venu d’Écosse.

Ultieme Hallucinatie © DR

Ultieme Hallucinatie © DR

Portes, clenches, table d’échec, billard, banquettes, lampadaires, cache-cheminée et cache-radiateur, lustres, fauteuils pour resserrer le cercle autour du feu, portraits d’époque : tout est sur mesure. Après une restauration d’envergure, l’établissement rouvre en 2019. Son nouveau propriétaire a participé à la restauration d’une maison de Victor Horta à La Hulpe. Chaque recoin invite à une immersion. Une structure métallique protège un jardin, une galerie vitrée mène à un pavillon de musique dédié à la pianiste Marie Pleyel. La salle à manger nous attend, banquettes de tram en bois signées Henri Van de Velde, waterzooi et carbonnade, Orval et Westvleteren. 

De Ultieme Hallucinatie
316 Rue Royale, Bruxelles

À deux pas

La Maison Autrique, premier édifice marquant de Victor Horta. Elle préfigure la naissance de l’Art nouveau en Europe. Élément majeur du patrimoine architectural bruxellois, cette maison de 1893 est une étape essentielle de l’œuvre d’un des plus grands architectes belges.

 

On pose nos valises … à la Maison Flagey 

Et que diriez-vous d’un séjour ou d’une nuit à l’intérieur d’une maison Art Nouveau ? Située dans le quartier bucolique des étangs d’Ixelles, la Maison Flagey date de 1904. Elle est l’œuvre d’Ernest Blérot : l’architecture, les éléments de menuiserie, les garde-corps en fer forgé des terrasses, les vitraux, les poignées de porte… Le sol en céramique du vaste hall d’entrée reprend le motif de la clématite, cher à l’architecte, faisant écho aux ferronneries extérieures. Un monumental escalier central navigue entre les étages, menant à 5 chambres (30 à 55 m2) accompagnées de leur salle de bain ou de douche. Cette maison de 700 m2, haute et étroite, est restée jusqu’en 2007 dans la famille de l’architecte, année où elle est achetée par un couple franco-russe qui la rénove pendant trois ans avec l’aide des Monuments historiques.

Maison Flagey © Au goût d'Emma

Maison Flagey © Au goût d’Emma

Classée en 1989, extérieur comme à intérieur, « ce n’est pas une maison-musée mais une habitation qui vit au quotidien » précise Vincent Liesnard, gardien des lieux depuis 2015 et chineur passionné … après avoir créé les costumes de Disneyland Paris pendant 20 ans. Ouverte aux clients de passage, la Maison Flagey s’est enrichie d’œuvres d’artistes, de mobilier, de pièces plus actuelles, du confort de la modernité sans jamais dénaturer le naturalisme de l’Art nouveau. Pour l’anecdote, la Maison possède l’un des premiers garages de Bruxelles. A l’époque, les automobiles sont encore rares mais Blerot, passionné de mécanique, entrevoit déjà leur développement. Un peu étroit tout de même pour les voitures actuelles ! Les croissants du petit déjeuner sont faits maison, tous les matins…

Maison Flagey
A partir de 180 € la nuit, petit déjeuner inclus.
39 Avenue du Général de Gaulle 39, Ixelles

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