Hôtels & Chambres d'hôtes
Dix jours sans manger : dans les coulisses de la clinique Buchinger
06 OCTOBRE . 2026
Que se passe-t-il vraiment lorsque l’on cesse de manger pendant plusieurs jours ? Sur les hauteurs du lac de Constance, la clinique Buchinger Wilhelmi a fait du jeûne thérapeutique une discipline médicale depuis plusieurs générations. Nous avons testé son programme phare, dix jours sous surveillance médicale, dont six de jeûne, pour comprendre ce qui se joue dans le corps (et dans la tête) lorsque la nourriture solide disparaît.

© Buchinger Wilhelmi
Jour 1 – Bienvenue dans le temple du jeûne thérapeutique
Sous le soleil dardant de cet été 2026, alors qu’une bonne partie de l’Europe suffoque, le lac de Constance étalant son bleu céruléen à perte de vue. Nous sommes à Buchinger Wilhelmi, sur les hauteurs d’Überlingen, petite ville allemande posée sur la rive nord du lac. Disséminés dans un vaste parc fleuri et arboré dominant le lac de Constance, plusieurs bâtiments composent cet hôtel bien-être de renommée internationale : la Maison principale, la Parkvilla et quatre villas (Fichtenau, Larix, Bellevue et Belgrano) qui accueillent chambres, suites et espaces de soins.
Cet hôtel… ou plutôt cette clinique ? Il faut dire que dès le lobby, l’ambiguïté est de mise. Il y a bien une réception, des voituriers, des fauteuils confortables, une bibliothèque avec de beaux livres d’art.… Mais au check-in, le premier document que l’on vous demande de signer détaille les règles de la maison, qui proscrivent notamment l’usage du téléphone portable dans les espaces communs. Spoiler : nous n’aurons, au cours de notre séjour, aucun tricheur à déplorer. Tout les clients jouent le jeu, avec pour heureuse conséquence de faire disparaître les smartphones du champ visuel… et surtout sonore.

La réception © Buchinger Wilhelmi
Fondée en 1953 par Otto Buchinger, sa fille Maria et son gendre Helmut Wilhelmi, la clinique est, aujourd’hui encore, une affaire de famille. Atteint de polyarthrite rhumatoïde, Otto Buchinger, alors médecin dans la Marine, expérimente un jeûne de 19 jours qui lui aurait permis de retrouver sa mobilité. Convaincu de ses vertus thérapeutiques, il développe alors sa propre méthode de jeûne qui, plus de soixante-dix ans plus tard, attire à Überlingen une clientèle parmi laquelle des dirigeants, des athlètes et des personnalités du monde entier. Pendant notre séjour, nous partagerons ainsi nos bouillons avec un comédien césarisé et une ex-présentatrice de télévision.
Nous prenons possession de notre chambre, la 503, où nous allons passer les dix prochains jours. La décoration est sobre, fonctionnelle, moderne : dressing, grand bureau, salle de bains avec douche et baignoire et, surtout, une petite terrasse avec une vue sur le lac. On ne sait pas encore qu’elle nous absorbera de longues heures les prochains jours.
Sur la table, un bouquet de fleurs, quelques noix de cajou et une pomme. L’accueil est frugal. Quant au petit bouton orange près du lit : non, il ne sert pas à appeler le room service mais une infirmière, disponible à toute heure du jour et de la nuit.
Avant de cesser de manger, il faut commencer par manger moins. Le jeûne débute par une phase de descente alimentaire pour préparer l’organisme. Direction le restaurant pour notre dernier « vrai » dîner avant la cure. On pourrait s’attendre à une ambiance mortifère (en mode dernier repas du condamné), il n’en est rien. Dans la salle où s’affairent des serveurs souriants en livrée, ça parle fort (en allemand, anglais, italien, français), ça rit. Rien de monacal ni d’austère. Bien au contraire. Nous ne cesserons de l’expérimenter durant notre visite : la convivialité fait partie de l’expérience du jeûne Buchinger. Au point, parfois, d’être imposée : ne vous étonnez pas de trouver votre nom placé à une table au milieu de parfaits inconnus. Une fois la glace brisée, le partage d’expérience se révèle un vrai soutien pendant le jeûne. Après tout, nous sommes tous dans la même galère.
Mais trêve de mondanités : demain, les choses sérieuses commencent.
Jour 2 – Le grand check-up
Ce matin, nous avons rendez-vous avec le Dr Verena Buchinger, médecin-chef, pour la consultation médicale obligatoire qui précède la cure. Étroitement encadré, le jeûne est systématiquement précédé d’un check-up complet : analyses sanguines, bilan métabolique, examen clinique… puis fait l’objet d’un suivi quotidien : mesure du poids et de la tension, contrôles et consultations régulières. Si la clinique accueille des personnes en bonne santé venues s’offrir une pause digestive (c’est notre cas) elle reçoit aussi des patients souffrant de pathologies ou présentant une histoire pondérale et médicale plus complexe.

La Bodensee Room © Buchinger Wilhelmi
De cette anamnèse dépassant largement le contenu de notre assiette (antécédents personnels et familiaux, santé physique et mentale, travail, rythme de vie… tout y passe) découlera notre emploi du temps des 10 prochains jours. À Buchinger, le jeûne n’est que la colonne vertébrale d’une cure plus complète, construite à la carte en fonction des besoins de chacun. Le suivi médical en est le socle, avec des spécialistes dans toutes les disciplines et un plateau technique complet. Mais la prise en charge dépasse largement ce cadre : physiothérapie, ostéopathie, accompagnement psychologique, gestion du stress, coaching, massages, réflexologie… Le programme (une vraie partie de Tetris) est établie avec le « therapy planner », qui orchestre les rendez-vous et soins.
Jour 3 – La purge, passage obligé
Après deux jours de descente alimentaire, le jeûne commence véritablement. Pas question pour autant de rester au repos. Randonnées matinales, yoga, qi gong, aquagym, fitness… l’activité physique fait partie intégrante du programme. Ce matin, direction la salle de fitness pour tester le KOORDIwood, une machine dernier cri qui challenge l’instabilité pour solliciter coordination, réflexes et muscles profonds.

Une séance d’entraînement © Buchinger Wilhelmi
De retour en chambre, les choses sérieuses commencent. Le voici, le fameux sel de Glauber : une solution de sulfate de magnésium au goût amer, destinée à vider les intestins avant le jeûne. L’infirmière nous recommande de ne pas trop nous éloigner de notre chambre pendant les deux heures qui suivent. Ça tombe bien, on n’avait pas prévu d’aller faire du shopping en ville. La pudeur nous retient de détailler la suite des opérations, mais sachez que c’est diablement efficace.
En fin de journée, remise de nos émotions, nous irons faire quelques brasses (divines) dans la piscine chauffée, entourée de grands arbres et de pelouses, avec vue sur le lac en contrebas. On se fait la remarque que cette première journée sans alimentation solide est passée comme une lettre à la poste quand sonne l’heure de la pitance : un bouillon et, dans notre cas, un yaourt apportant dix grammes de protéines, maigre dérogation accordée par le médecin pour limiter la fonte musculaire. Il est important de préciser ici que le protocole Buchinger n’est pas un jeûne hydrique strict : des apports caloriques sont maintenus chaque jour sous forme de jus, de bouillons et de tisanes.
Jour 4 – Low battery
La veille était presque trop facile. Ce matin, nausée, jambes lourdes et crampes nous rattrapent. La matinée se passe au ralenti. Étrangement, pourtant, toujours aucune sensation de faim… Si l’estomac ne crie pas famine, le cerveau, lui, est en roue libre. Des pensées de nourriture nous envahissent aux heures des repas. Le médecin nous avait prévenue : manger ne répond pas à un simple besoin physiologique. Il y a aussi le réconfort, la récompense… Le jeûne, en nous privant de cela, peut aussi s’accompagner d’une plus grande acuité mentale et faire remonter les émotions.
Pour contrer les pensées parasites, nous partons marcher. Überlingen est splendide en cette journée de juillet : la ville est très fleurie, charmante et paisible. Depuis la clinique, des sentiers ombragés descendent vers la vieille ville et les rives du lac. Aux terrasses des cafés et restaurants, notre regard accroche les cornets de glace et les assiettes de frites. Vade retro, nous regagnons derechef Buchinger, où notre bouillon du soir nous attend. Quelques centilitres que nous dégustons par petites lampées, histoire de faire durer le plaisir.
Jour 5 – Euphorie, bassin Kneip et jus de betterave
Quelque chose bascule. Les nausées ont disparu. Le moral est au beau fixe, la tension impeccable. Pas encore de quoi courir un marathon mais, après plusieurs jours à ne presque rien avaler, ce regain d’énergie nous étonne. Serait-ce donc cela le fameux état de grâce décrit par les jeûneurs ? Physiologiquement, le corps est désormais entré en cétose : privé de ses réserves immédiates de glucose, il puise davantage dans les graisses, que le foie transforme en corps cétoniques pour fournir de l’énergie, notamment au cerveau.
Portées par cette vitalité aussi soudaine qu’inattendue, nous consultons le programme du jour et optons pour une méditation guidée sur les chakras. Légère brise sur la peau, chants d’oiseaux qui couvrent presque la voix de l’instructeur : un moment suspendu, avant d’enchaîner avec un cours d’aquagym puis le parcours Kneipp. Nous sommes en Allemagne, après tout, patrie de Sebastian Kneipp, ce prêtre bavarois qui, dès le XIXe siècle, faisait de l’eau froide l’un des piliers de sa méthode, bien avant la vogue des thérapies par contraste et autres « cold plunges ». On plonge d’abord les bras dans l’eau glacée, puis on traverse le bassin en levant bien les jambes à chaque pas (vous voyez les cigognes ?) avant de terminer pieds nus sur un chemin de galets.

Thé de jeûne © Buchinger Wilhelmi
Cap sur le restaurant pour le bouillon du soir, toujours montée sur ressorts. De nature peu portée sur le small talk, on se surprend à engager la conversation avec nos voisins de table. L’esprit est clair, les mots viennent facilement. Bavarde et parfaitement enthousiaste devant notre jus de betterave et quelques brins de ciboulette… décidément, le jeûne réserve bien des surprises.
Jours 6, 7, 8 – Le jeûne n’est pas un long fleuve tranquille
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Envolée notre belle euphorie ! Comme le soleil au-dessus du lac, ce matin noyé sous une brume laiteuse. Le temps s’étire. Mine de rien, ne plus prendre de petit déjeuner, déjeuner et dîner, ne plus faire de courses, cuisiner ou faire la vaisselle libère un temps fou. Du coup, on marche, on nage, on lit, on regarde le lac (beaucoup), on se rend à ses rendez-vous : massage Lomi Lomi, aux pierres chaudes, conférence sur la nutrition, séance d’ostéopathie, atelier d’art, consultation avec le médecin…
Jour 9 – Préparer la reprise
Le jeûne touche à sa fin. Aussi importante que le jeûne lui-même, la phase de reprise alimentaire se prépare avec une diététicienne lors d’une consultation dédiée. On y glane les informations nécessaires à la réussite du processus : consommer de petites quantités, bien mastiquer, augmenter progressivement les portions… Les conseils sont individualisés en fonction de chacun, de son état et de ses objectifs.

© Buchinger Wilhelmi
Jour 10 – La pomme de la délivrance
Dix jours. Après DIX jours sans mâcher, nous y voilà enfin ! L’excitation est à son comble. Chez Buchinger, pas de croissant ni de tartines de beurre, le jeûne est rompu par une pomme, accompagnée d’une poignée d’amandes. Le système digestif doit être remis en route en douceur. Juteuse, croquante, divinement sucrée : doit-on préciser que cette pomme fut la meilleure jamais mangée de notre vie ?
Le soir, au restaurant, c’est repas de fête ! Dans l’assiette : riz complet, légumes, pommes de terre, asperges et un peu de tofu. Pour les protéines animales, il faudra encore patienter quelques jours. Sur la table, toujours pas de sel ni de ketchup, mais un bouquet de fleurs sauvages et une bougie que la diététicienne vient allumer pour marquer symboliquement la fin du jeûne. Applaudissements de la salle. We did it.
Ce que dix jours sans manger changent vraiment
Alors, avons-nous maigri ? Évidemment. Mais nous ne vous dirons pas combien de kilos sont restés à Buchinger. D’abord parce que le chiffre n’a pas grand intérêt : une partie du poids perdu sera reprise avec la réalimentation. Ensuite, et surtout, parce que ce n’était pas le but de cette expérience. Nous étions venue observer ce qui arrive au corps lorsqu’on lui retire la nourriture solide. Nous repartons plus au clair sur notre rapport à l’alimentation. Jeûner rend visibles tous nos automatismes : manger parce qu’il est l’heure, ouvrir le réfrigérateur sans avoir faim, grignoter par ennui, chercher dans la nourriture du plaisir ou du réconfort. Une fois la nourriture retirée de l’équation, ces mécanismes sautent aux yeux.
C’est peut-être là que le jeûne Buchinger s’avère le plus intéressant. Pas dans la perte de poids (inévitable), mais dans l’expérience du manque, menée dans un environnement extrêmement sécurisé et protecteur.
Avec ses deux cliniques européennes, à Überlingen et Marbella en Espagne, et une troisième annoncée pour 2029 sur la Côte d’Azur, ses plus de 70 ans d’expérience, son département de recherche consacré au jeûne et ses nombreuses études cliniques, Buchinger réunit les conditions essentielles pour vivre cette expérience sereinement.
Et c’est ce cadre qui permet, peu à peu, de lâcher prise. Au fil des jours, quelque chose finit par s’apaiser : le bruit mental.
EN PRATIQUE
Combien de temps ? À partir de 10 nuits pour la formule Compact, qui comprend 6 jours de jeûne. Des séjours de 14, 21 et 28 nuits sont également proposés.
Combien ça coûte ? À partir de 3 654 € par personne pour 10 nuits en 2026, selon la catégorie de chambre. Le tarif comprend notamment l’hébergement, le suivi médical de base, les analyses, le suivi infirmier, le programme alimentaire et les activités collectives. Certains soins et consultations sont facturés en supplément.
Comment se déroule le séjour ? On ne cesse pas de manger en arrivant : une phase de descente alimentaire précède le jeûne, lui-même suivi d’une réalimentation progressive. La durée du jeûne est déterminée avec le médecin.
Comment y aller ? Buchinger Wilhelmi se trouve à Überlingen, sur les rives du lac de Constance, dans le sud de l’Allemagne. L’aéroport international le plus pratique est Zurich, à environ 1 h 30 de route.
Adresse et contact : Buchinger Wilhelmi, Wilhelm-Beck-Str. 27, 88662 Überlingen, Allemagne. Tél. : +49 7551 807-0.