5 façons de se faire la malle avec panache

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08JAN . 2020

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5 façons de se faire la malle avec panache

08 JANVIER . 2020

Écrit par Frédéric Brun

De nos jours, tout le monde rêve d’évasion. Oubliée la corde à nœuds faite avec des draps du lit, ou le radeau en noix de coco, façon Papillon. En 2020, il sera de bon ton de choisir un mode opératoire aussi efficace que spectaculaire. Jet privé, passeports multiples, mercenaire aguerri et malle de concert, Carlos Ghosn a, évidement, mis la barre assez haut. Vous voilà prévenu.

Par Frédéric Brun

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La Valise (Georges Lautner, 1973), avec Michel Constantin, Jean-Pierre Marielle et Mireille Darc, D.R

La justice japonaise ne se pose plus la question. Carlos Ghosn est cinéphile. Il ne serait pas surprenant de trouver chez lui une copie d’un film loufoque de Georges Lautner : La valise. Une comédie un peu paresseuse de 1973 sur fond de géopolitique moyenne-orientale.

Pour faire simple, un pitoyable agent des services secrets israéliens, le commandant Bloch (Jean-Pierre Marielle), Don Juan notoire amoureux d’une artiste de variété spécialisée dans la télépathie interprétée par la grande Duduche (NDLR à destination des plus jeunes de nos lecteurs : Mireille Darc), mais grillé dans tout le monde arabe, se réfugie à l’ambassade de France à Tripoli. Le brave capitaine Augier (Michel Constantin) est chargé de l’exfiltrer vers Paris par la valise diplomatique. Expression à prendre au pied de la lettre.

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D.R

Enfermé dans une malle-cabine, Jean-Pierre Marielle est contraint de transiter par la route en raison d’une grève surprise des avions. Un risque que n’a pas voulu courir Carlos Ghosn. Réelle ou mystifiée, la version selon laquelle le shogun de l’automobile aurait fait perdre la face à la justice nippone en se volatilisant à bord d’une malle de musicien. Avec un peu de débrouillardise, le procédé n’est pas hors de portée.

En 2011, un petit caïd mexicain, Juan Ramirez Tijerina, tente le coup, dissimulé en position fœtale dans la valise de sa petite amie. En 2009, Jean-Pierre Treiber se glisse dans un carton de sa fabrication. Autre option : l’opération héliportée. L’évadé volant est d’essence quasi divine depuis Icare s’échappant du labyrinthe. Dans la mythologie moderne, on notera les époux Vaujour, les terroristes de l’IRA en 1973, les deux évasions de Pascal Payet, en 2001 et 2007, ou celle de Rédoine Faïd en 2018.

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L’évasion de Michel Vaujour en hélicoptère de la prison de la Santé en 1986, D.R

Plus atypique : en mémorisant la forme de la clef de sa cellule pour la reproduire, comme Alfred Hinds dans les années 50, ou en attirant l’attention sur soi, comme Fernandel avec Marguerite dans La Vache et le prisonnier (Henri Verneuil, 1959). Voire, tout simplement, en sautant par la fenêtre, tel Albert Spaggiari en 1977. Si la fuite d’Egypte en ouvrant les eaux de la mer n’est pas à la portée de tout le monde (pour le côté spectaculaire, c’est assez pourtant épatant. Voir la reconstitution des faits dirigée par Cecil B. DeMille en 1956), il est tout de même possible de se montrer original.

 

Faire son trou

Le Marseillais Edmond Dantès a ouvert la voie. Steve McQueen a popularisé le genre underground dans La Grande Evasion (John Sturges, 1963). Si le film est mémorable, l’évasion du Stalag Luft III par le commandant Roger Bushell et le « Comité X » est une page d’histoire. A 10 mètres de profondeur, ils ont creusé plusieurs tunnels pour faire sortir 76 prios. 5 mois d’efforts, un système sur rails pour les gravats, une pompe à air et un éclairage électrique.

Grande Evasion

La Grande Evasion (John Sturges, 1963), D.R

Une méthode pastichée par Jean-Paul Belmondo, aidé par Bourvil, dans Le Cerveau (Gérard Oury, 1969). Néanmoins, la machine à tasses est un peu rudimentaire en comparaison de la chignole que se procure Roger Sartet (Alain Delon) pour découper le plancher du panier à salade dans Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil, 1969).

« La Rolls, c’est must »

Rien de tel qu’une Anglaise pour se faire la belle. Le fin du fin étant bien sûr qu’elle soit garnie d’accessoires Vuitton, rembourrée de lingots d’or et agrémentée de son avocat, en plein Mai 68. Mais tout le monde n’a pas la chance d’être Victor Lanoux, flanqué de Pierre Richard, et de piquer la Silver Dawn d’un Jean-Pierre Darras tordant en petit bourgeois parisien. Tout cela est, bien sûr, le menu de La Carapate, gentille comédie franchouillarde à la sauce Gérard Oury (1978).

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La Carapate (Gérard Oury, 1978) avec Pierre Richard et Victor Lanoux, D.R

Pour être plus flamboyant, opter pour FAB1, la Rolls-Royce à 6 roues de Lady Penelope (The Thunderbirds, 1965). Pour les évasions collectives, détourner un train, comme Frank Sinatra dans L’Express du Colonel von Ryan (Mark Robson, 1965).

Par la poste

Il faut être un peu timbré, mais Richard Lee McNair est un affranchi. Ce meurtrier avait une première fois enlevé ses menottes en se graissant les mains avec du baume à lèvres. Repris, il se fait affecter au tri postal de la prison, s’enferme dans un sac de courrier, et s’expédie à une adresse voisine. Le panache consistant à le faire en A.R, pour informer le directeur de la prison.

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Charlot s’évade (Charlie Chaplin, 1917), D.R

Via un pipeline

Une astuce en vogue du temps de la Guerre Froide. Le mode d’emploi détaillé a été donné par James Bond dans Tuer n’est pas jouer (John Glen, 1987). C’est la version la plus épique de l’escapade par le conduit d’aération. Les exemples sont trop nombreux, mais les cinéphiles avertis pourront revoir L’Evadé d’Alcatraz (Don Siegel, 1979), avec Clint Eastwood, bien sûr, mais surtout Patrick McGoohan : l’homme libre de la série Le Prisonnier y campe un directeur de prison sadique et pervers à souhait.

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Carlos Ghosn, échappé il y a quelques jours du Japon, devrait s’exprimer cet après-midi © REUTERS/Issei Kato/File Photo

Avec un pâté en croûte

C’est la plus gourmande. Emprisonné au donjon de Vincennes en 1643 pour avoir comploté contre le cardinal Mazarin, le duc de Beaufort avait bien mijoté son plan. Pour la Pentecôte 1648, il se fait apporter un grand pâté en croûte. La farce sera pour ses geôliers, car le met délicat est creux et recèle deux poignards, une poire d’angoisse et une grosse pelote de soie. Profitant de son statut de détenu d’exception, l’aristocrate abreuve ses gardiens de bon vin, les enivre et s’échappe. Il mériterait le titre de Grand Duc de l’évasion.

F.B

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