Hôtels & Chambres d'hôtes
Casa Bonavita, notre avis sur ce nouvel hôtel à Malte
02 OCTOBRE . 2026
C’est désormais le plus bel hôtel de Malte, les lieux ont ouvert en mai 2026 à Attard, au centre de Malte, à une vingtaine de minutes de La Valette et à dix de Mdina. Ses dix-sept chambres se répartissent entre une maison de maître du XVIIIe siècle et ses dépendances. Le palais San Anton, où réside le président de la République, se trouve à quelques minutes à pied. Le domaine compte aussi deux piscines et un spa, autour d'un grand jardin de palmiers, d'oliviers et d'agrumes. Christopher et Suzanne Sharp, fondateurs de l'éditeur londonien de tapis The Rug Company, signent avec succès leur premier hôtel !

Le couple Sharp © Julian Vassallo
Quelle est l’histoire de la maison ?
La maison date de 1715, édifiée pour les Bonavita, une famille maltaise d’ascendance vénitienne. Francophiles, ses membres comptent depuis le siècle précédent parmi les notables de l’île. Malte vit alors sous l’autorité des chevaliers de Saint-Jean. L’été, les grandes familles de La Valette gagnent leurs maisons de campagne d’Attard, de Balzan ou de Lija, que l’on appelle les « Trois Villages ». La demeure a gardé le nom de ses premiers propriétaires. Le XIXe siècle lui ajoute des plafonds peints et, de l’autre côté de la rue, une folie, petit pavillon d’agrément de plan ovale.

Casa Bonavita, notre avis sur ce nouvel hôtel à Malte © Julian Vassallo
À l’automne 2010, Christopher et Suzanne Sharp visitent la maison presque par hasard. Derrière la façade de pierre blonde, ils découvrent des pièces sombres et délabrées, aux sols dallés. Le couple connaît bien l’île. Suzanne Sharp y a grandi, et tous deux y ont tenu une galerie de tapis d’Orient jusqu’en 1996. L’année suivante, ils ont créé The Rug Company. La marque a fait dessiner des tapis noués main à des couturiers comme Alexander McQueen ou Vivienne Westwood. Le projet d’un petit hôtel les habitait depuis leurs vingt-cinq ans, quand ils l’imaginaient en Toscane. Ils achètent la maison, y vivent plusieurs années en famille, puis la transforment en hôtel.
À quoi ressemble l’hôtel ?
On entre par une cour, puis par les anciennes écuries, où se tient la réception. Sept chambres seulement occupent la maison principale, et les dix autres se partagent deux dépendances. Presque toutes les chambres ouvrent sur une terrasse, un balcon ou le jardin. La chambre numéro cinq, seule suite du corps de logis, a sa salle de bains dans l’ancienne chapelle, coiffée d’une coupole. La folie abrite aujourd’hui une suite indépendante. Elle dispose d’un jardin privé, clos de murs et planté de dattiers et de bougainvillées, et d’une piscine réservée à ses occupants.

Le jardin de Casa Bonavita, oeuvre de Christopher Sharp © Julian Vassallo
Le jardin est l’œuvre de Christopher Sharp. Pour lui donner sans attendre l’allure d’un lieu ancien, il y a fait planter douze palmiers adultes, qui dominent aujourd’hui les agrumes et les vieux oliviers. Il le voulait vivant, peuplé d’oiseaux et d’insectes indifférents aux hôtes, plutôt que composé comme un décor de théâtre. Le soir, le jasmin parfume les allées. La plus grande des deux piscines s’étend sous les palmiers. La seconde, plus discrète, se cache près de quelques chambres.

Les zelliges du spa de l’hôtel Casa Bonavita à Malte © DR
Au sous-sol, des portes siciliennes cloutées ouvrent sur le spa. Des zelliges marocains en couvrent les murs et les sols, et des tissus fleuris à l’anglaise adoucissent ce décor mauresque. Après le sauna, on passe au bain froid. Les massages et les soins du visage ont lieu dans des cabines voisines. Entre deux séances, on sert du thé dans la salle de repos. Une salle de sport occupe le même niveau.
Comment la maison est-elle décorée ?
Suzanne Sharp a conçu les intérieurs avec son agence, Suzanne Sharp Studio. Elle a travaillé à partir de ses souvenirs des maisons maltaises de son enfance, où les objets s’accumulaient au fil des générations. Son île, dit-elle, mêle les influences arabes et italiennes sous une architecture baroque. Dès l’entrée, des orangers en pot et des blasons de fantaisie ont été peints sur les murs des écuries. Plus loin, le vestibule a gardé ses plafonds peints, sous lesquels s’étend un tapis d’Aubusson.

Les plafonds peints de Casa Bonavita © Julian Vassallo
La salle à manger a pris place dans une ancienne cour-jardin. Les peintres muralistes italiens Alfonso Orombelli et Luna Aulehla Greppi ont passé six semaines sur son seul plafond. Ils l’ont couvert de feuillages pour faire entrer le jardin à l’intérieur. Des chaises de rotin entourent les tables, et des stores de bambou voilent les fenêtres.

Le Valletta Bar © Julian Vassallo
Le Valletta Bar occupe une ancienne cuisine. La maison anglaise de Gournay, spécialiste du papier peint réalisé à la main, y a représenté le Grand Port de La Valette. Elle s’est inspirée des toiles d’Alberto Pullicino, peintre maltais du XVIIIe siècle. Des galions croisent devant la ville, et des échasses blanches arpentent la grève. On s’y installe dans des canapés de velours chartreuse ou dans des fauteuils de bambou dessinés dans les années 1960 par l’Américain Henry Link.
Dans l’ancien salon d’apparat, devenu une chambre, un lit à baldaquin se détache sur un papier peint en faux marbre. La pièce donne sur un balcon maltais, cette loggia de bois fermée dont les claustras rappellent les moucharabiehs du vieux Caire. Jamie Sharp, le fils du couple, est marchand d’antiquités. Avec sa mère, il a déniché l’essentiel des meubles et des tableaux. Des meubles génois voisinent ainsi avec des lustres de Murano, des tapis du Karabagh et des suzanis, ces broderies d’Asie centrale.

La Folly Suite de l’hôtel maltais Casa Bonavita © Boz Gagovski
Plusieurs tableaux ont été réalisés sur l’île dans les années 1960 par Julian Trevelyan et Mary Fedden, un couple de peintres anglais. D’autres sont signés du Maltais Kenneth Zammit Tabona, auteur de paysages méditerranéens rêvés. Les lampes de céramique viennent de Villa Bologna Pottery, l’atelier voisin que codirige Sophie Edwards, la fille des Sharp. À la nuit tombée, des lanternes s’allument dans les palmiers. Leur dessin s’inspire de la maison qu’avait à Tanger l’antiquaire anglais Christopher Gibbs.
Que mange-t-on ?
Le chef Dex Oseman a fait ses classes au River Café, la célèbre table italienne des bords de la Tamise, à Londres. Sa carte suit le marché et regarde vers l’Italie. Selon la saison, le dîner commence par des palourdes sautées à l’ail et au piment, ou par un carpaccio de bar sauvage à l’origan et au citron. Les linguine alla Nerano réunissent courgettes, basilic, menthe et parmesan affiné trente-six mois. Le risotto est préparé avec les tomates bio de Paolo Petrilli, cultivées près de Lucera, dans les Pouilles. Le River Café les utilise aussi. La côte de bœuf, servie pour deux, arrive avec des haricots borlotti frais, de la sauge et du romarin. Au dessert, on hésite entre un tiramisu au sabayon de marsala et une tarte aux amandes et aux fraises de Malte.

Le restaurant de l’hôtel © Julian Vassallo
La cuisine de la maison reste ouverte aux hôtes toute la journée. Carrelée de faïences siciliennes, elle s’organise autour d’un piano de cuisson Lacanche, fabriqué en Bourgogne. Les viennoiseries y sortent du four le matin, et l’on y façonne les pâtes à la main. L’après-midi, des tartes à l’orange refroidissent sur la table. Le soir, le restaurant s’ouvre aussi aux clients de passage. Ses arcades donnent sur une cour dallée plantée d’orangers, où l’on dîne aux chandelles en entendant sonner au loin les cloches de l’église paroissiale.
Que peut-on faire alentour ?
Attard se parcourt à pied. Dans les années 1620, le grand maître provençal Antoine de Paule y fit élever le palais San Anton. Il cultivait dans le parc des orangers, dont il envoyait les fruits à ceux qu’il voulait honorer. Les jardins sont ouverts au public depuis 1882.
À cinq minutes de marche, Villa Bologna, une demeure baroque de 1745, abrite dans ses anciennes écuries un atelier de céramique. Des peintres y décorent à la main les lampes en forme d’ananas ou de dauphin que l’on retrouve dans tant de maisons maltaises. Fondée en 1924 à Ta’ Qali, aux portes d’Attard, la manufacture fut détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, quand ce terrain servait de base à la Royal Air Force. Elle rouvrit en 1951 à Villa Bologna. Sur l’ancien terrain d’aviation, au pied de Mdina, le domaine Meridiana a planté ses vignes au milieu des années 1990, avec le concours de la famille toscane Antinori. Ses vins se dégustent sur une terrasse tournée vers la cité fortifiée.

Le sunset sur l’hôtel © DR
À La Valette, la co-cathédrale Saint-Jean conserve La Décollation de saint Jean-Baptiste, peinte par le Caravage en 1608. C’est la plus grande toile du peintre et la seule qu’il ait signée. Du port de la capitale, un ferry rapide gagne Gozo. Sur la côte sud de l’île, le restaurant de plage Il-Kantra sert une cuisine sicilienne au bord de la crique de Mġarr ix-Xini. Une tour de guet des chevaliers en garde l’entrée depuis 1661.
Casa Bonavita
147 Triq San Anton, Attard ATD 1285, Malte
Site officiel de l’établissement